Étiquette : cinéma

Art et désamour

Vacances oblige, l’été est la pire période en ce qui concerne la programmation télévisuelle. Depuis 2 semaines il n’y a en effet strictement plus rien de potable à se mettre sous la rétine, juste d’énièmes rediffusions ( films et émissions confondus ).
Je suis donc partie en quête de films inédits et, le hasard faisant souvent bien les choses, ces derniers jours j’en ai regardé deux dont les thèmes principaux sont les mêmes: l’art et le désamour.

– « Summer in february« , de Christopher Menaul ( 2013 ).

( bande annonce visible en cliquant sur l’affiche )

Au début des années 1910, Alfred Munnings, fougueux jeune peintre fasciné par les chevaux, séjourne avec une bande d’amis artistes dans les Cornouailles, au cœur d’un domaine bordant les falaises où le capitaine Gilbert Evans est chargé de faire régner un semblant d’ordre au nom du propriétaire. Devenus amis, les deux hommes s’éprennent de la même jeune femme: Florence Carter-Wood. Fascinée par l’aura et le talent de Munnings, elle accepte sur un coup de tête de l’épouser mais, consciente de son erreur, le tient à distance et finit par se rapprocher d’Evans pour partager avec lui quelques courtes semaines de bonheur.

« Summer in February » est à la fois l’histoire d’une époque, où l’insouciance était encore de mise, et l’histoire d’un destin, celui de la fragile Florence Carter-Wood. Car c’est finalement elle le personnage principal de ce triangle amoureux tragique sur fond de création artistique.
Les images sont sublimes – notamment grâce à d’incroyables paysages -, les interprètes plus que convaincants ( mention spéciale à Emily Browning ) et le récit passionnant.
Petit moins: le personnage d’Alfred Munnings est juste ébauché et on le quitte à la fin du film sans finalement en avoir appris beaucoup à son sujet. Il faut donc être conscient qu’il ne s’agit pas d’un biopic mais bien d’un coup de projecteur sur un court moment de sa vie.
Quoiqu’il en soit, j’ai adoré!

– « Effie Gray« , de Richard Laxton ( 2016 ).

( bande annonce visible en cliquant sur l’affiche )

Euphemia  » Effie » Gray, jeune écossaise rêvant de vie mondaine, vient d’épouser l’homme dont elle est éprise depuis son enfance: John Ruskin, le célèbre critique d’art. Persuadée d’avoir conclu un mariage d’amour et qu’une vie heureuse s’ouvre à elle, elle déchante rapidement en découvrant la relation au combien envahissante qui unit son époux à ses parents – et plus particulièrement à sa mère -, et la personnalité trouble de celui-ci. S’en suivent des années de solitude et de souffrance, jusqu’à ce qu’un nouveau venu, jeune peintre protégé de Ruskin, apporte une note d’espoir dans cette morne existence.

Tout comme « Summer in February », « Effie Gray » est tout à la fois le reflet d’une époque – et plus particulièrement, celui de la position de la femme dans la société durant ladite époque ( le XIXe siècle ) -, et un tragique portrait féminin.
Comme la plupart des jeunes femmes de son temps Effie quitte l’autorité de son père pour celle de son mari, remettant entièrement son destin entre ses mains. Et comme d’autres femmes de son temps, elle se retrouve piégée dans un mariage sans amour, auprès d’un époux qui la délaisse, la néglige et la maltraite psychologiquement, aidé en cela par ses parents, sûrs de leur bon droit.
Dakota Fanning campe à la perfection une Effie tout à la fois forte et vulnérable, Greg Wise est tout bonnement détestable, et, là aussi, les paysages sont superbes ( bien que moins ensoleillés ). Un pur plaisir cinématographique et une histoire – vraie – sidérante.

Deux très beaux films donc, qui mettent en lumière des personnages marquants, méconnus du public français, dont l’histoire vaut amplement le détour.

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Mademoiselle Julie

J’avais repéré ce film lors de sa sortie au cinéma fin 2014, notamment à cause de sa sublime bande-annonce ( que vous pouvez voir en cliquant sur l’affiche ) et de son casting, mais il n’avait pas été programmé dans ma commune. Et puis je l’avais un peu oublié.

« Mademoiselle Julie », film de Liv Ullmann avec Jessica Chastain, Colin Farrell et Samantha Morton, est en fait le remake d’un premier long métrage réalisé en 1951 et l’adaptation d’une pièce de théâtre en un acte écrite par le suédois August Strindberg en 1889.
Dans un huit-clos prenant essentiellement place dans les communs du château d’un aristocrate, évoluent trois personnages que tout oppose: Mademoiselle Julie, la fille du baron, et John et Kathleen, les domestiques ( respectivement valet et cuisinière ). La jeune femme, qui a perdu sa mère très tôt et dont le père est souvent absent, a pris l’habitude d’errer dans l’immense demeure et dans les jardins et, pour palier à cette extrême solitude et à un manque d’affection évident, investit régulièrement le domaine des domestiques. Consciente de sa position, elle prend un malin plaisir à jouer avec John et à le provoquer sous les yeux de celle qui lui est promise. Usant de son autorité et de ses charmes, elle se montre tour à tour perverse, cruelle et inconvenante, et fait du valet – tiraillé entre son désir et le respect qu’il lui doit – son pantin en le mettant dans une position inconfortable.
L’action se déroule la nuit de la Saint-Jean, moment qui, dans de nombreuses civilisations, forme une parenthèse où le réel semble investit par la magie, où toutes les barrières tombent et où tout est possible.


Une tension extrême, quasi palpable, occupe l’espace de la relation entre Mademoiselle Julie et John, sentiment insoutenable que ce qui se joue entre eux peut à tout moment basculer vers l’irrémédiable, et signe de l’attirance peuplée de non dits qu’ils ressentent l’un pour l’autre. Entre désir intense et agacement, le jeune homme tente d’abord de garder ses distances puis rentre peu à peu dans le jeu de sa partenaire, la laissant chaque fois gagner un peu plus de terrain et combler symboliquement le fossé qui les sépare. Les contacts se font plus nombreux, elle jouant avec le feu et, avec des attitudes parfois proches de la folie, cherchant à le soumettre à ses caprices de petite fille gâtée, et les langues se délient. John lui conte son enfance dans la misère, son espoir de pouvoir un jour s’élever et les heures passées à envier sa vie dorée, et elle lui dit sa solitude, le manque d’amour maternel et le sentiment de vide qui l’habite. A travers leurs mots les différences paraissent s’évanouir.
Mademoiselle Julie se sent enfin comprise, ou tout du moins écoutée, perd le peu de réserve qu’il lui restait encore et, oubliant toutes les conventions, se prend à son propre jeu et se déleste de son honneur et de sa virginité dans la chambre du beau valet.
Les rapports de force s’inversent alors et c’est désormais John qui, fort de ce qui vient de se passer, révèle sa personnalité calculatrice et se montre à son tour violent et cruel, laissant la jeune femme éhontée et sans repères.
L’un et l’autre, alors que la nuit touche à sa fin, savent désormais que plus rien ne sera comme avant et qu’il n’existe aucun moyen de revenir en arrière. Mais là où le valet y voit l’occasion tant attendue de gravir enfin l’échelle sociale, la jeune aristocrate sait que ce cauchemar qu’elle faisait si souvent a finalement pris vie et qu’elle est tombée et, comme elle l’évoquait elle-même, s’est abaissée. Leurs destins, bouleversés pour le meilleur comme pour le pire, sont maintenant scellés.


« Mademoiselle Julie » épingle donc, en nous contant la tragédie qui se noue entre John et sa maîtresse, les travers de la société du XIXe siècle, et en particulier le fait qu’elle maintenait les gens dans l’illusion que les aristocrates et le commun des mortels formaient bien deux mondes à part, les premiers ayant tout pouvoir sur les seconds, disposant et se jouant d’eux à leur guise. Le renversement de la situation entre les deux personnages principaux incarnant les changements amorcés à l’aube du XXe siècle et la déchéance annoncée des privilégiés, engoncés dans leurs traditions ancestrales ( dont la domesticité fait partie ) et effrayés par l’avancée de la modernité.
Mais ce film est aussi une étude des sentiments humains dans ce qu’ils ont de plus vrai et vulnérable. On y constate les effets et les limites de la manipulation, on y trouve une raison à ce qui peut pousser deux personnes que tout oppose et qui semblent si différentes au premier abord dans les bras l’une de l’autre, et on y apprend qu’une force affirmée, une certaine violence même, peut parfois faire écran aux blessures de l’âme et à une grande fragilité.
On se rend également compte que le poids des convenances et la culpabilité sont le plus grand frein qui soit à l’expression libre des sentiments et à la possibilité d’être soi-même, et ce quelle que soit l’époque concernée.
C’est un film fort donc, à l’histoire prenante et où le jeu des acteurs est intense, mais qui souffre de quelques longueurs et d’une réalisation théâtrale parfois un peu empruntée. A voir cependant si on aime les tragédies grecques et les films d’époque ( et/ou les acteurs qui y jouent bien sûr ).

 

Complications adolescentes

Ces derniers temps, j’ai ressenti l’irrépressible envie de dévorer du teen movie.
Alors oui, à 33 ans ça peut paraître bizarre, mais il se trouve que je suis toujours très connectée à l’adolescente que j’ai été il n’y a pas si longtemps ( enfin si, ça commence à dater quand même mine de rien… ) et que je suis souvent touchée par ces films qui s’intéressent à ces plus-vraiment-enfants et pas-encore-adultes.
Je suis donc partie en quête de films qui valent le détour et j’en ai déniché 3 qui, dans des styles très différents, m’ont fait passer un bon moment et m’ont ramenée quelques années en arrière.

J’ai donc vu:

  • « The First Time »

( bande-annonce visible en cliquant sur l’affiche )

Dave, un lycéen timide, est amoureux d’une fille superficielle qui ne voit en lui que son meilleur confident. Aubrey, lycéenne sensible qui apprécie les arts plastiques, flirte avec un musicien plutôt égocentrique. Dave et Aubrey se rencontrent par hasard à une fête et s’aperçoivent qu’ils peuvent dialoguer comme ils ne l’ont encore jamais fait avec personne. Cette découverte modifie leurs sentiments, et les amène à reconsidérer leurs choix, ce qui est perturbant pour eux comme pour leur entourage. D’autant que tout se joue en un week-end.

Au casting, le désormais célèbre Dylan O’Brien – que j’ai découvert dans « Teen Wolf » – et celle qui partage sa vie depuis ce tournage, Britt Robertson.
Bon, je suis d’accord, le titre ne fait pas rêver et, à priori, le pitch non plus. Mais, même si le film traite effectivement d’un sujet maintes fois abordé, il le fait intelligemment et avec beaucoup de finesse.
L’histoire d’amour, évidemment prévisible puisqu’elle est au cœur de l’intrigue, est parfaitement jouée par les acteurs ( et pour cause, ils sont tombés amoureux durant le tournage – difficile de faire plus crédible ) et, contrairement à ce que l’on pourrait penser, tout n’est pas rose. Les personnages se confrontent en effet à la difficulté de démarrer une nouvelle histoire et, surtout, de partager une intimité sexuelle. Pas si simple parfois de s’accorder physiquement quand on ne se connait que depuis quelques jours, même si l’attraction est particulièrement forte.
Et ce traitement réaliste des amours adolescentes fait toute la force du film ( en plus du duo d’acteurs ).
J’ai donc beaucoup aimé, j’ai ri, j’ai été émue, et je me suis laissée porter par l’excellente bande son qui accompagne l’histoire.

  • « The diary of a teenage girl »

( bande-annonce visible en cliquant sur l’affiche )

Dans les années 70 à San Francisco, une adolescente accro au dessin a une aventure avec le petit ami de sa mère.

Au casting, les excellents Kristen Wiig – que j’ai beaucoup aimée dans « Mes meilleurs amies » – et Alexander Skarsgård – qui m’a fait craquer dans « True blood » – et, dans le rôle principale, l’incroyable Bel Powley.
Le résumé est ultra réduit et, pour le coup, ultra réducteur, mais il ne faut pas s’y fier. Le film relate les aventures d’une ado qui, coincée entre une mère immature et le rêve inaccessible de devenir dessinatrice professionnelle, se retrouve projetée dans la vie d’adulte en entamant une relation avec celui qui lui sert de beau-père. Le tout dans une atmosphère de liberté et d’excès fidèle aux années 70.
Je dois avant tout souligner la forme du film qui se démarque par son originalité. Les dessins de l’héroïne prennent en effet vie sur l’écran et l’accompagnent dans ses pérégrinations. Mais le fond n’est pas en reste, loin de là, puisque l’adolescence et ses périls sont ici traités de façon on ne peut plus sérieuse. Si Minnie est, dans les premiers temps de son aventure avec le compagnon de sa mère, sur un petit nuage, la réalité reprend vite ses droits et elle doit faire face à des problèmes d’adultes bien lourds pour ses frêles épaules d’ado insouciante. Elle multiplie les expériences en tous genres, navigue à vue dans cette nouvelle vie semée d’embûches et, finalement, se construit et apprend à s’aimer.
C’est un film fort, parfois sombre, adapté du roman en grande partie autobiographique de Phoebe Glockner, « Vite, trop vite », paru en France chez Monsieur Toussaint Louverture.

  • « The art of getting by » ( Le jour où je l’ai rencontrée )

( bande-annonce visible en cliquant sur l’affiche )

La fin de l’année de terminale approche. Jusque-là, George a réussi à s’en sortir sans jamais réellement travailler. Un jour, il vole au secours d’une des filles les plus jolies et les plus populaires de l’école en se dénonçant à sa place. Sally commence alors à s’intéresser à lui et, finalement, devient sa meilleure amie. George en tombe bientôt amoureux, sans réussir à avouer ses sentiments.
Sally offre à George un refuge face à la médiocrité du lycée et à l’insécurité de son foyer. Mais tandis que la fin de l’année se profile, le proviseur lance un ultimatum au jeune homme et cette fois, son talent pour s’en sortir sans rien faire ne suffira pas…

Au casting, un jeune acteur que j’aime beaucoup, Freddie Highmore, et Emma Roberts.
Là aussi, au vu du pitch, on sent poindre les traditionnels clichés du genre. L’ado intelligent mais pas très sociable qui tombe amoureux de la fille la plus populaire du lycée c’est du déjà vu. Oui, bien sûr, mais pas comme ça.
Georges est un garçon extrêmement intelligent, passionné de dessin, que le passage de l’enfance à l’adolescence a laissé totalement désabusé. Hanté par la perspective de la mort, il ne trouve aucun intérêt à travailler au lycée et ne s’investit dans rien, pas même les relations sociales avec ses camarades. Sa rencontre avec Sally va tout changer, pour le meilleur et pour le pire.
Je dois avouer que les préoccupations philosophiques de George m’ont interpellée. Je me souviens avoir moi aussi pris en plein figure la finitude de l’Homme et avoir eu du mal à digérer la nouvelle ( ce n’est d’ailleurs pas totalement réglé ). A un âge où il est censé vivre sans se préoccuper de l’avenir, en toute insouciance, il se retrouve paralysé et passe finalement à côté de sa vie d’ado et, autour de lui, personne ne semble comprendre ce qu’il vit. Il est en total décalage avec son environnement. Et même quand il tombe amoureux de Sally, il échoue dans sa tentative d’être en phase avec elle.
Et c’est justement cette incarnation de l’ado mal dans sa peau que j’ai appréciée. ça va bien plus loin que les seuls soucis d’hormones et de rébellion face à l’autorité, qui sont traditionnellement évoqués, et c’est finement abordé.

Never let me go

Hier soir, faute de programme valable à la télé, je suis partie en quête d’un bon film à visionner et, après pas mal d’hésitation, mon choix s’est porté sur « Never let me go » de Mark Romanek.

( bande annonce visible en cliquant sur l’affiche )

J’en avais vaguement entendu parler mais c’est surtout le casting qui m’a convaincue. On y trouve en effet trois très bons acteurs: Keira Knightley, Andrew Garfield et – une de mes actrices favorites – Carey Mulligan. C’est cette dernière qui interprète le personnage principal, Kathy.

Kathy, Ruth et Tommy grandissent ensemble au sein d’une institution privée, Hailsham, dirigée par l’énigmatique Miss Emily ( interprétée par Charlotte Rampling ). Leurs journées ressemblent à celles de tous les jeunes écoliers, partagées entre les cours et les jeux, jusqu’à ce qu’une nouvelle venue dans l’équipe encadrante, Miss Lucy, leur dévoile la vérité sur leurs origines et leur avenir. Dés lors, rien n’est plus pareil, leur insouciance s’envole et leur amitié est mise à mal.

Le film tourne autour du personnage de Kathy; on fait sa connaissance alors qu’elle a 28 ans et qu’elle se remémore les jours heureux passés à Hailsham. Elle repense surtout à ce qui la liait à Ruth et Tommy.
A la fin des années 60, tous trois sont d’insouciants élèves de 4e année. Attentifs aux discours inspirants de Miss Emily, qui met l’accent sur l’importance de conserver un corps sain et sur le fait qu’ils sont des êtres à part, ils ont confiance en l’avenir et se laissent porter par leur quotidien.
Kathy, amie depuis toujours avec Ruth, se rapproche peu à peu de Tommy, que les autres élèves mettent à l’écart parce qu’il n’excelle ni en sport ni en arts plastiques, et un lien fort se noue entre eux.
Tout semble aller pour le mieux jusqu’à l’arrivée à Hailsham de Miss Lucy, une nouvelle enseignante, qui s’étonne très vite de la docilité des enfants et de leur naïveté. N’y tenant plus, elle profite un jour de l’un de ses cours pour leur dévoiler toute la vérité. Une vérité violente et sombre. Tous les élèves ne sont en fait que des clones, tenus à l’écart du monde dans l’enceinte de l’institution et destinés, lorsqu’ils auront atteint l’âge requis, à faire don de certains de leurs organes pour sauver la vie de riches inconnus. Ils n’intégreront jamais la société et n’ont donc aucun avenir sinon celui de servir de pièces de rechange.
L’annonce, à laquelle aucun d’entre eux ne s’attendaient, remet tout en question, y compris, et surtout, l’amitié entre Kathy, Ruth et Tommy. En effet, alors que Kathy perd sa joie de vivre et se met à l’écart, Ruth en profite pour mettre la main sur le cœur de Tommy.
Les années passent, tous trois quittent Hailsham et, après avoir passé quelques années à attendre d’être assez âgés dans un centre perdu en pleine campagne, chacun se voit confier une mission: Kathy officie en tant qu’accompagnante ( elle adoucie les vie des donneurs ) alors que Ruth et Tommy, désormais séparés, occupent pleinement leur fonction de donneurs. Rien ne semble pouvoir les réunir sinon les hasards de la vie…

Alors… comment vous parler de ce film?
D’apparence classique, c’est en fait un film d’anticipation dont le propos qui sert de toile de fond à l’intrigue relève de la science fiction. Le monde qui nous est présenté ressemble en tous points au notre sauf que le clonage humain y a court depuis de nombreuses années ( depuis les années 50 exactement ). Des enfants clonés voient le jour et son élevés au sein d’établissements privés, volontairement maintenus dans l’ignorance et à l’écart du monde. Éduqués alors qu’ils n’ont aucun avenir, ils n’ont pour seul intérêt aux yeux de la société que de posséder des organes de rechange pour de riches personnes ayant de graves problèmes de santé. Grâce à eux, exit le cancer et toutes les autres maladies mortelles, l’espérance de vie atteint désormais aisément la centaine d’années.
Mais le film évite intelligemment de montrer l’aspect scientifique des choses. Le clonage n’est jamais dévoilé, ni clairement nommé, il n’est que suggéré. Et c’est là toute sa force. L’accent n’est pas mis sur l’aspect science fiction de l’histoire mais bien sur l’aspect humain des choses. Ce qui nous intéresse c’est l’amitié entre Ruth et Kathy,  l’amour que cette dernière porte à Tommy et, bien sûr, l’impact que la vérité a eu sur leur destinée.
« Never let me go » parle donc de relations humaines mais aussi, et surtout, de la Vie ( oui, avec un grand V ). Quelle vie peut-on espérer avoir quand on est maintenu à l’écart de tout? Quand on est en sursis? Quand l’ombre de la mort plane au dessus de nous? Vaut-il mieux vivre peu ou être en vie longtemps? Quel est le prix de la vie?… Autant de questions qui surgissent au fur et à mesure que l’histoire de Ruth, Kathy et Tommy se déroule sous nos yeux, chacun des personnages avançant inéluctablement vers le chapitre final de son existence.

Ce film conte un récit cruel qui nous touche en plein cœur et qui nous prend aux tripes. Sous couvert de dénoncer les travers de la course à l’immortalité, et les dangers des progrès scientifiques sans cesse repoussés, il cherche à nous faire prendre conscience de l’importance de la vie, de son caractère éphémère, et donc de l’urgence qu’il y a à vivre pleinement chaque moment comme si c’était le dernier. Trop de personnes attendent justement d’être en sursis pour oser, pour aimer, pour faire des expériences… pour vivre et se sentir vivants. On pense trop souvent à tort que l’on a le temps, mais que ferions-nous s’il nous était compté? Quels seraient nos choix?

Bref, tout ceci est un peu brouillon – et j’aurais aimé faire beaucoup mieux tant ce film m’a bouleversée-, mais je ne peux que vous conseiller de voir « Never let me go » ( ou de lire le roman dont il est tiré: « Auprès de moi toujours » de Kazuo Ishiguro ). Alors n’attendez pas, foncez!

The invisible woman

Ces derniers temps j’ai, un peu par hasard, regardé pas mal de biopics. Celui sur Alan Turing tout d’abord, « Imitation game » ( avec l’excellent Benedict Cumberbatch ), puis celui sur Stephen Hawking, « Une merveilleuse histoire du temps » ( avec le bluffant Eddie Redmayne ), tous deux de très bons ( et inspirants ) films, et, enfin, celui sur Charles Dickens dont je vais vous parler.

Il s’agit de « The invisible woman », réalisé par Ralph Fiennes – que nous connaissons surtout en France comme acteur, ne serait-ce que pour son immense rôle de Voldemort dans la saga « Harry Potter » -, avec la talentueuse Felicity Jones ( qui joue aussi dans « Une merveilleuse histoire du temps » ).

( bande-annonce visible en cliquant sur l’affiche )

A la fin des années 1850, Charles Dickens, marié et père de nombreux enfants, mène une vie palpitante d’écrivain renommé et d’acteur/metteur en scène de théâtre passionné. Alors qu’il monte la pièce de son meilleur ami, l’auteur William Wilkie Collins, il fait la rencontre d’une actrice débutante: Ellen « Nelly » Ternan.
La jeune femme, issue d’une famille de gens du théâtre, possède une fraîcheur et une authenticité qui bouleversent l’homme mûr et lui font remettre sa vie en question. Pour le meilleur et pour le pire…

Ralph Fiennes nous présente dans ce film un Charles Dickens méconnu et insoupçonné. Homme publique adulé, souvent assailli par une foule d’admirateurs, il est malheureux en ménage et ne partage plus rien avec son épouse, sinon les moments passés avec leurs dix enfants. Féru de théâtre, il se plonge à corps perdu dans la mise en scène, et l’interprétation, de « Profondeurs glacées », la pièce de son ami Wilkie Collins et, suite à la défection d’une des actrices, accueille dans la troupe la jeune Ellen Ternan, de 27 ans sa cadette. Pourtant peu expérimentée ( alors que ses sœurs sont déjà très demandées ), « Nelly » fait forte impression et sa prestation laisse penser à l’écrivain qu’elle a de l’avenir dans le métier. Le destin est désormais en marche, Dickens et Ternan se lient d’une amitié pétrie d’admiration -pour elle-, et bientôt balayée par un amour inconsidéré -pour lui-.
Mais Charles est un homme marié et, dans l’Angleterre du XIXe siècle, le poids des convenances laisse peu de place à la spontanéité et aux histoires passionnelles. Alors qu’Ellen freine des quatre fers par peur de voir sa réputation compromise, l’écrivain, véritable star de son temps, prend les choses en main et fait publier dans la presse une annonce révélant sa séparation en bonne et due forme d’avec son épouse ( sans même l’avoir consultée ).
La situation étant désormais plus claire, la jeune femme finit par céder à la tentation et devient la maîtresse de l’ombre, celle dont personne, en dehors de sa famille et de Wilkie, ne doit connaître l’existence sous peine de voir un scandale éclater en place publique.
Cette histoire sera tout à la fois la plus belle et la plus terrible de sa vie, l’ayant marquée au fer rouge et continuant de la hanter de nombreuses années après la mort de Dickens ( alors qu’elle a pris un nouveau départ ).

Ce film est donc l’histoire d’un amour, le portrait d’un grand homme aussi, et celui d’une jeune femme au destin exceptionnel.
Ralph Fiennes signe un long métrage tout en force et subtilité mêlées, à la photographie bouleversante, servi par des acteurs, Felicity Jones en tête, au jeu d’une furieuse intensité. Cela aurait pu être une histoire de cœur classique si ce n’était celle d’un des écrivains les plus connus au monde ( entièrement dévolu à son art et à son public ), et si elle avait eu lieu dans d’autres circonstances et, surtout, à une autre époque. La notoriété de Dickens et les convenances de rigueur dans la bonne société anglaise du XIXe siècle sont en effet autant de bagages bien trop lourds pour les frêles épaules d’une toute jeune femme qui fait ses débuts sur scène comme dans la vie. Personne simple et réservée, agissant, et jouant même, avec beaucoup de retenue, rien ne la prédestinait à vivre une telle passion. Partagée entre l’immense admiration qu’elle voue à l’homme de lettres, lectrice passionnée de ses écrits, et la peur de succomber aux sentiments qui se bousculent en elle et de se voir clouée au pilori par ses pairs, elle se retrouve bien malgré elle, et après une période d’insouciance et de bonheur partagés ( il se montre avec elle aussi doux et bon qu’il est cassant et cruel avec sa femme ), sacrifiée sur l’autel de la bienséance et des apparences. Résignée à rester la femme cachée, elle en vient même à accepter que celui qu’elle aime, et pour qui elle a accepté d’endurer la mise à l’écart du monde et le silence, nie ouvertement son existence dans un moment où sa présence à ses côté lui est pourtant indispensable.
C’est donc tout à la fois l’histoire d’un immense bonheur et d’une profonde douleur, toujours tue, qui nous est comptée et qui nous touche en plein cœur.

A voir absolument!

Les 4 Fantastiques

Mardi soir j’ai été voir le reboot des 4 Fantastiques avec MrJuin et mes neveux ( ils étaient en villégiature dans notre belle région pour une semaine avec mes beaux-parents ).

( bande-annonce visible en cliquant sur l’affiche )

 

J’avais vu les précédents films réalisés sur cette bande de super héros, il y a quelques années maintenant ( avec notamment Jessica Biel et Ioan Gruffudd ), et j’avais hâte de découvrir ce nouvel opus qui reprend tout de zéro.

Le casting, rajeuni, est on ne peut plus alléchant. On retrouve en effet au générique Jamie Bell, que l’on a découvert enfant dans « Billy Elliot« , le désormais incontournable Miles Teller, dont je vous ai déjà parlé ici, Michael B.Jordan, déjà aperçu dans l’excellent « Chronicle » – du même réalisateur, et Kate Mara.

Le scénario est lui aussi entièrement renouvelé: on est désormais face à de jeunes étudiants mettant leur talent à profit pour rendre possible la téléportation vers d’autres dimensions. Ce projet, initié par un Victor Von Doom asocial et dépressif – campé par Toby Kebbell, trouve un nouveau souffle grâce aux travaux artisanaux du génie Reed Richards et à l’association que les deux jeunes hommes viennent à former avec la sage Sue Storm et son rebelle de frère, Johnny.
Après une soirée un peu trop arrosée, due à la perspective fort peu enthousiasmante que leur travail puisse être récupéré par le gouvernement, Johnny, Reed et son acolyte de toujours Ben Grimm, et Victor, prennent place dans leur incroyable machine et posent le pied sur une planète jusque là inconnue. Attirés par une étrange source d’énergie ils déclenchent par accident une éruption qui cause la perte de Victor et manque de peu d’empêcher les trois autres de retourner sur Terre. Leur arrivée se fait en catastrophe et expose Sue à d’obscures radiations.
Chacun se réveille à jamais changé et l’Etat voit en leurs nouvelles capacités une source inépuisable de pouvoir. Jusqu’au retour inattendu de Victor, plus que jamais en marge…

J’ai apprécié le parti pris du réalisateur, Josh Trank, de dépoussiérer l’histoire de ces super héros Marvel et j’ai trouvé pas mal de points positifs à son film, mais je suis finalement sortie de la séance assez déçue.
L’idée de rajeunir les personnages est bonne, ça permet de toucher un public plus large et notamment d’attirer les plus jeunes spectateurs dans les salles obscures ( ceux qui, au contraire de leurs parents, n’ont jamais lu les comics ), mais le talent des acteurs a été sous employé. Miles Teller campe un Reed surdoué, à l’aise dans le milieu de la recherche mais maladroit avec ses semblables, dont le caractère n’est finalement que peu approfondi. Idem pour le personnage de Ben Grimm, joué par l’excellent Jamie Bell, dont la fragilité n’est que peu exploitée.
La psychologie de ceux qui s’apprêtent à devenir exceptionnels est traitée en surface et c’est bien dommage.
D’autant plus que l’esthétique du film, sombre et angoissante, constituait un terreau idéal pour creuser cet aspect de l’histoire. La couleur noire est très présente au niveau des décors et jusque dans les costumes des 4 Fantastiques, de même que le peu de lumière, souvent froide et artificielle. S’ajoute à ça le choix de livrer un récit réaliste, loin de la version très hollywoodienne et très BD qui nous avait été donnée dans les précédents longs métrages.
La transformation de nos 4 héros n’a en effet rien d’idyllique puisqu’à l’origine de souffrances, de leur mise en quarantaine et de leur utilisation par le gouvernement comme objets d’expérimentations et, pour Ben Grimm, comme arme à part entière. Il n’est pas question ici d’actes de bravoure, de célébrité et de flash crépitants. Le surnom même de la bande est-il tout juste soufflé à la fin du film, et il n’est à aucun moment fait mention du pseudonyme de chacun
( exit Mr Fantastique, La Chose et consorts ). Et Fatalis est à lui seul un personnage de film d’horreur que campe parfaitement Toby Kebbell, servi par un maquillage criant d’efficacité.
A coté de ça certains détails semblent bâclés, comme l’explication à l’emporte pièce du pouvoir des 4, d’autres décousus, et le tout paraît avoir été réalisé en urgence.

J’ai personnellement regretté l’enchaînement des divers moments forts de l’histoire: on passe très vite de l’évocation de l’enfance de Reed et Ben à la fin de leurs études et au recrutement de Reed par Mr Storm, puis très vite de l’élaboration de la machine, avec l’aide de Victor, au premier essai avec un singe et, finalement, à l’accident qui donne naissance aux 4 Fantastiques, et de nouveau très vite de leur transformation à leur captivité forcée et à leur combat contre Fatalis. On se retrouve à l’affrontement final sans trop savoir comment ni pourquoi, et c’est désabusés et un brin frustrés que l’on voit le générique de fin se dérouler sur l’écran. Car ce premier opus du reboot laisse sans aucun doute un fort goût d’inachevé en bouche.

Il y a du bon et du moins bon donc, mais je suis curieuse de voir ce que vont donner les prochains épisodes.