D’une sauvage lutte pour la liberté

J’ai lu « Red Rising », tome 1, de Pierce Brown.

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Le résumé: « Darrow n’est pas un héros. Tout ce qu’il souhaite, c’est vivre heureux avec l’amour de sa vie. Mais les Ors, les dirigeants de la Société, en ont décidé autrement. Ils lui ont tout enlevé : sa raison de vivre, ses certitudes, jusqu’à son reflet dans le miroir.
Darrow n’a plus d’autre choix que de devenir comme ceux qui l’écrasent. Pour mieux les détruire. Il va être accepté au légendaire Institut, y être formé avec l’élite des Ors, dans un terrain d’entraînement grandeur nature.
Sauf que même ce paradis est un champ de bataille. Un champ de bataille où règnent deux règles : tuer ou être tué, dominer ou être dominé. »

J’avais choisi ce livre en grande partie à cause de sa couverture ( oui, j’ai un truc avec les ailes ) et des excellentes critiques qu’il a reçues sur la toile.

« Red Rising » est le premier des trois tomes de la saga dystopique imaginée par Pierce Brown.
Le héros, Darrow, n’a pas la vie d’un adolescent classique: il vit sur Mars, au sein du groupe qui occupe la place la plus basse sur l’échelle sociale, les Rouges, est déjà marié et travaille durement à la mine. Il est un fossoyeur, le meilleur parmi ses pairs, et passe la majorité de son temps à creuser la roche dans l’espoir que ses efforts permettront aux Hommes de pouvoir enfin investir la surface de la planète.
Au sommet de la société, les Ors ne cessent en effet de marteler au petit peuple qu’ils sont la clé de la réussite de leur plan et que rien ne sera possible sans eux.
Darrow donne donc tout ce qu’il a, jours après jours, et ne se permet que peu de libertés. Et quand Eo, celle qu’il aime, l’entraîne dans un lieu interdit et lui donne un avant-goût du bonheur, il hésite, aveuglément fidèle aux principes qui lui ont été inculqués depuis toujours. Il ne comprend pas non plus quand elle lui parle de rébellion et d’opposition au pouvoir en place, tout ça est à mille lieues de ce à quoi il aspire et il refuse de mourir avant d’avoir 30 ans, comme son père avant lui.
Mais les deux jeunes gens sont découverts et, alors qu’ils sont amenés en place publique pour être fouettés, Eo entonne un chant interdit, le chant de la liberté, et bouleverse par son sacrifice la vie de son mari. Désormais plus rien ne sera comme avant et Darrow, épaulé par d’obscurs alliés, va tout mettre en œuvre pour venger sa bien-aimée et, pour la première fois, mener un Rouge à la tête d’une société qui s’est construite sur le mensonge et l’exploitation des plus faibles.

J’ai beaucoup aimé la première partie, celle où l’on découvre Darrow et, à travers lui, le destin de tous les Rouges, appelés à passer leur courte vie dans les entrailles de Mars. L’ambiance lourde et oppressante est quasiment palpable et, en tant que lecteurs, nous avons nous aussi du mal à respirer dans cet univers particulièrement sombre où le plaisir n’a pas sa place.
Darrow a une personnalité duelle, il est à la fois totalement investi dans son rôle ( il ne s’imagine d’ailleurs pas occuper une autre place que la sienne ) et tête-brûlée au travail, déjà un peu rebelle sur les bords même s’il n’en a pas encore conscience. Il est très attaché aux quelques membres de sa famille encore en vie mais, plus que tout, à Eo, sa femme, qui voit en lui le héros qui bouleversera l’ordre établi. On n’a aucun mal à s’identifier à lui lorsqu’il la perd et qu’il s’effondre sous le poids du chagrin, ni même lorsque, miraculé, il décide de se servir de sa peine comme une arme pour la venger, elle et tous les siens.
J’ai par contre bien moins accroché aux parties suivantes même si l’action est prenante et que des rebondissements inattendus donnent du rythme au récit ( qui tend cependant à s’essouffler en partie 3 ). Les rapprochements avec des dystopies existantes sont inévitables, Hunger Games et Divergente notamment, puisque pour arriver au bout de la première étape de son plan Darrow doit participer à un cruel jeu de guerre qui oppose plusieurs maisons. Il y a du sang, de la trahison, une ambiance violente et glauque… rien ne nous est épargné! Et, finalement, l’aspect dystopie/science-fiction de l’histoire passe au second plan.
J’hésite du coup à poursuivre avec le second tome…

Pour résumer: Pierce Brown livre un roman efficace où l’action prend place dans un monde crédible et bien pensé ( même si ça sent le déjà-vu ), et on suit avidement les aventures de Darrow, propulsé héros malgré lui.
L’écriture est agréable, moderne et inventive ( l’auteur use et abuse de néologismes pour décrire les armes et la technologie – c’est un peu déroutant au début d’ailleurs ), et les différents personnages, Darrow en tête, forme une intéressante galerie ( Sevro et son père ont particulièrement retenus mon attention ).
Je comprends aisément que les fans de Hunger Games aient été conquis mais, personnellement, je sors de cette lecture un peu perplexe.

Mes séries du moment #7

Ces derniers temps j’ai donné dans un peu tous les styles côté séries: du surnaturel, de l’humoristique, du feel good, du policier, de la science fiction…
Mais rien de trop sérieux, juste de quoi me changer les idées, me faire frissonner, sursauter, rire et réfléchir un peu ( quand même ).

South of hell, saison 1.

312818( bande annonce – en anglais – visible en cliquant sur l’affiche )

Le pitch: « Maria Abascal, chasseuse de démons aux pouvoirs innés, possède en elle un alter-ego maléfique, Abigail, qui se nourrit du mal que son hôte chasse chez les autres. Elles partagent une âme et une destinée, chacune essayant tant bien que mal de surpasser l’autre… »

On m’a conseillé cette série après que j’ai dit avoir aimé « Hemlock Grove » ( dont je n’ai toujours pas vu la saison 3 d’ailleurs ). Elles ont en effet comme point commun d’être produites/réalisées par Eli Roth, l’un des maîtres contemporains de l’horreur. Et, autant je déteste les films du genre, autant en série je suis plutôt bon public.
South of Hell est percutante et dérangeante à souhait, l’ambiance générale est lourde et son actrice principale, l’excellente ( et trop absente des écrans ) Mena Suvari, livre un jeu double parfait. Elle interprète en effet à la fois le rôle de Maria, chasseuse de démons, et de Abigail, l’entité que son père, leader d’une dangereuse secte, a placée en elle.
Personnellement j’ai adoré la première partie de la saison – la seule pour l’instant, consacrée aux missions de Maria ( aidée de son frère, l’instable David ), mais j’ai moins aimé la seconde, centrée sur l’affrontement entre la jeune femme et son ignoble père.
Et à l’heure actuelle rien ne dit qu’il y en aura une deuxième…

No tomorrow, saison 1.

286962( la bande annonce est visible en cliquant sur l’affiche )

Le pitch: « Evie, une jeune femme qui ne prend jamais de risques dans sa vie personnelle, tombe amoureuse de Xavier, un homme complètement insouciant, qui est persuadé que l’apocalypse est imminente et qui va l’encourager à établir une liste de choses à accomplir avant la fin du monde. »

Je cherchais une série légère, sans prise de tête, et je suis tombée sur celle-ci.
Je n’en attendais pas grand chose, juste passer un bon moment, et je dois avouer que j’ai été très agréablement surprise.
Une fois passée la ( petite ) déception d’avoir affaire aux clichés habituels de la comédie romantique, le fille canon mais un peu coincée et limite psychorigide qui tombe sous le charme du beau gosse rebelle et libre de toute attache, je me suis laissée embarquer par le duo d’acteurs qui porte la série, Tori Anderson et Joshua Sasse, et par l’irrésistible pléiade de rôles secondaires ( mention spéciale au trio Hank, Kareema et Deidre ).
J’ai aussi adoré que sous des airs de série légère « No tomorrow » soit en fait bien plus profonde qu’il n’y paraît. Grâce à cette histoire de fin du monde et de bucket list elle nous fait réfléchir sur l’intérêt qu’il y a à vivre pour nous, à faire autant que possible ce que l’on aime, à expérimenter sans cesse, et à se donner les moyens d’être réellement heureux.
J’ai beaucoup ri, j’ai été touchée aussi, je me suis rincée l’œil ( Joshua est vraiment à tomber – et dans la vie il est fan de poésie et de nature, l’homme parfait quoi! ^^ ) et ça m’a fait un bien fou!

You’re the worst, saison 1.

009050( bande annonce visible en cliquant sur l’affiche )

Le pitch: « Quand deux personnalités toxiques tentent une ébauche de relation. Jimmy, un écrivain égoïste, tombe sous le charme de Gretchen, une jeune femme auto-destructrice. Contre toute-attente, le courant passe entre les deux spécimens. »

Là aussi j’ai déniché cette série un peu par hasard. J’avais fini ( et adoré ) la saison 2 de « Casual » et je cherchais une série un peu dans le même genre, drôle mais pas superficielle, et intelligente. Et j’ai décroché le bon numéro.
Les acteurs sont terribles ( l’interprétation de Kether Donohue, qui joue Lindsay, la meilleure amie de l’héroïne, est hilarante, je suis archi fan! ), le duo principal fonctionne à merveille, et là aussi, comme pour « No Tomorrow » ( mais dans un style différent ), l’humour sert de couverture à un propos bien plus sérieux. La psychologie de chaque personnage est intelligemment travaillée, c’est ultra drôle, irrévérencieux et politiquement incorrect et, l’air de rien, ça fait réfléchir, notamment sur ce que signifie être en couple aujourd’hui.
J’ai adoré et je ne vais pas tarder à passer à la saison 2.

Sherlock, saison 4.

sherlock-season-4-promo-poster( bande annonce visible en cliquant sur l’affiche )

Le ( court ) pitch ( est-ce bien nécessaire d’ailleurs? ): « Les aventures de Sherlock Holmes et de son acolyte de toujours, le docteur Watson, sont transposées au XXIème siècle… »

« Sherlock » est, pour moi, de loin la meilleure adaptation télé du mythique enquêteur, notamment ( et surtout ) grâce à l’incroyable performance de Benedict Cumberbatch ( qui persiste et signe dans cette décoiffante saison 4 ) et au duo qu’il forme avec Martin Freeman.
J’avais beaucoup aimé les saisons précédentes et celle-ci n’a pas dérogé à la règle, bien que sa forme et son contenu soient pour le moins inhabituels et quelque peu déstabilisants. Elle ne compte en effet que 3 épisodes, chacun de la durée d’un long métrage, et s’intéresse de près à la vie privée et à la face cachée des personnages.
C’est bouillonnant, foisonnant, déconcertant, surprenant et tellement de choses encore!
Certains s’y sont peut-être un peu perdus mais MrJuin et moi n’en avons pas perdu une miette.

Colony, saison 1.

004157( bande annonce visible en cliquant sur l’affiche )

Le pitch: « Dans un futur proche, les extraterrestres ont colonisé la Terre. Et pourtant, la plupart des humains ne savent pas à quoi ces aliens ressemblent, les personnes chargées de faire régner l’ordre étant des collaborateurs. A Los Angeles, les Bowman vivent comme beaucoup d’autres sous une menace constante. Lorsque le passé de Will, le père de la tribu, remonte à la surface, le gouverneur du secteur offre à cet ancien du FBI de mettre ses compétences à profit pour étouffer la progression de la résistance. Alléchés par la possibilité de retrouver leur fils cadet disparu depuis le jour de l’occupation, Will et son épouse Katie vont devoir prendre la plus difficile décision de leur existence. Choisiront-ils de collaborer… ou de résister ? »

Quand on a vu que cette nouvelle série de science-fiction allait passer à la télé, MrJuin et moi nous sommes dit « pourquoi pas »?. On n’en avait pas entendu parler mais ça nous faisait plaisir de revoir Josh Holloway à l’écran ( on l’avait adoré dans « Lost » ) et le résumé était plutôt sympa.
On a donc regardé cette première saison sans à priori et, même si le démarrage a été un peu lent, la sauce a fini par prendre et on a suivi les aventures de Will et Katie avec plaisir. La réalisation est propre, les acteurs sont bons ( on en a déjà vus beaucoup dans d’autres séries: « Mentalist », « Dr House », « Prison Break »… ), il y a de l’action et du suspens, une tension quasi constante qui tient le spectateur en haleine, bref, c’est plutôt bien fait.
Ce n’est pas la série du siècle mais elle se regarde sans soucis et, grâce à l’habile cliffhanger de fin de saison, on a hâte de voir la suite.

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Des choix et de leurs conséquences

J’ai lu « Clarissa » de Stefan Zweig.

Clarissa

Le résumé: « « Le monde entre 1902 et le début de la Seconde Guerre mondiale, vu à travers les yeux d’une femme » : ainsi Stefan Zweig résumait-il le thème de ce roman, entrepris dans les derniers temps de sa vie et retrouvé dans ses archives.
Clarissa, fille d’un militaire autrichien, est née en 1894. À l’aube du premier conflit mondial, elle rencontre à Lucerne, en Suisse, un jeune socialiste français, Léonard, qui n’est pas sans évoquer Romain Rolland. La guerre les sépare, mais Clarissa attend un enfant.
Dans l’Europe déchirée, en proie à l’hystérie nationaliste, son acceptation de cette maternité va devenir, plus qu’une décision personnelle : un destin et un symbole.
Une œuvre testamentaire où le grand écrivain autrichien résume, de façon poignante, son idéal humaniste et son désespoir.« 

Comme certains d’entre vous, je suis amoureuse de la plume de Stefan Zweig.
J’ai découvert cet auteur avec le célébrissime « La confusion des sentiments », et ça a été une vraie révélation. J’ai du coup enchaîné avec plusieurs titres sur une courte période avant de faire une pause de peur d’épuiser toute son œuvre ( oui je sais, c’est idiot ^^ ).

Ce qu’il faut savoir avant tout, c’est que ce roman est inachevé et qu’il a été publié après la disparition de l’auteur. ça en fait forcément un livre un peu à part.

Personnellement, j’avoue ne pas avoir grand chose à en dire.
L’histoire est simple: on suit sur plusieurs années – de 1902 à 1920/30 – le destin de Clarissa, jeune fille de bonne famille ayant grandi sans mère et dans l’ombre d’un père obsédé par sa mission dans l’armée, sur fond de Première Guerre mondiale.
Ayant passé une dizaine d’années dans un établissement privé, elle se retrouve totalement dépourvue lorsque son père lui annonce qu’il quitte Vienne et qu’elle et son frère vont devoir gérer leur vie seuls. Ne connaissant rien du monde qui l’entoure, elle décide au hasard d’une rencontre de s’intéresser de plus près aux sciences de l’éducation – en plein essor à l’époque – et devient la secrétaire particulière d’un psychiatre passionné par le sujet. Et, lors d’un voyage en Suisse entrepris pour rendre service à son patron, elle rencontre celui qui, alors qu’elle ne s’était jusque là jamais intéressée aux hommes ( ni de près ni de loin ), va faire chavirer son cœur et la placer – malgré lui – dans une situation particulièrement difficile.
Clarissa va donc devoir faire le choix le plus important de sa modeste vie, à l’aune de sa propre situation et de celle, mouvementée, de l’Europe de ce début de XXe siècle.

L’histoire est simple donc, et intéressante de par la mise en parallèle de la petite et de la grande Histoire, et, comme d’habitude avec Zweig, la plume particulièrement belle.
Mais le personnage central de ce roman, Clarissa, ne m’a pas particulièrement touchée. L’auteur lui prête un caractère introverti et peu enclin à la confidence et nous ne savons finalement pas grand chose d’elle, de ce qui fait sa vie et de ce dont sont faites ses pensées ( ou alors de façon très superficielle ). Difficile donc de s’approprier son histoire et de s’identifier à elle ( même si elle fait un choix plutôt osé pour l’époque en optant pour des études et un travail plutôt qu’un mariage ). Difficile aussi d’être réellement ému par son parcours et d’entrer pleinement dans le récit.
De plus, la période de sa vie qui dévoile un peu de son humanité – son histoire d’amour avec Léonard –  ne représente qu’une petite partie du roman et ne suffit pas à nous la rendre sympathique.

L’intérêt du livre ( que l’on peut présenter comme un joli portrait de femme ) tient donc finalement plus dans la description en arrière-plan de la vie en temps de guerre, et l’évocation de la place de l’Autriche dans le conflit, que dans l’histoire de Clarissa à proprement parler ( dont la fin est abrupte puisque le livre n’a pas été achevé ).
Mais lire du Zweig est toujours pour moi un réel plaisir et jamais ( ô grand jamais! ) une perte de temps.

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Le temps passe

Nouveau coup de foudre musical, ça faisait un petit moment…
Cette fois-ci il s’agit du premier titre d’un tout jeune « groupe » qui n’est en fait que le dernier projet artistique de Gaétan Roussel, le leader de « Louise Attaque ».
« Le temps passe » est en effet le premier single de « Lady Sir », association musicale entre Gaétan et l’actrice, réalisatrice et chanteuse – à la voix profonde et grave – Rachida Brakni ( qui a déjà sorti un album en 2012, et qui est accessoirement la femme d’Eric Cantona ), et il annonce l’album « Accidentally Yours » qui sortira mi avril.
Deux voix donc, comme accompagnement une simple guitare et quelques percussions et, surtout, un magnifique texte sur notre rapport au temps et à ses caprices… trois fois rien et la magie opère.

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A écouter ici, de même que, , le sublime « Je ne me souviens pas ».

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D’être une femme

J’ai lu « Attachement féroce » de Vivian Gornick.

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J’ai reçu ce livre dans le cadre de la dernière Masse Critique organisée par Babelio.

Le résumé: « Icône du journalisme en Amérique, Vivian Gornick a surtout connu le succès en Amérique avec ses textes autobiographiques. Le plus « culte » , Attachement féroce, publié en 1987, paraît pour la première fois en français. Dans la lignée de L’Année de la pensée magique de Didion ou de Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeanette Winterson, Gornick s’empare d’un sujet universel : les relations mère-fille. Dès les premières pages, on tombe sous le charme de cette mère puissante et terrible. Vivian raconte l’amour fou qui les lie et leurs marches dans la ville. Elles arpentent New York et leur vie, avec une lucidité qui frappe en plein cœur.« 

« Attachement féroce » est un livre autobiographique aux airs de journal intime, dont le fil rouge est la relation riche mais compliquée entre l’auteure et sa mère.
Dans une atmosphère très personnelle sans pour autant être trop intimiste, Vivian Gornick délivre ses souvenirs tels qu’ils lui reviennent en mémoire, avec un ordre chronologique parfois bouleversé, émaillant son discours du récit de ses déambulations rituelles dans les rues de New York avec celle qu’elle aime sans pouvoir s’empêcher de la détester.

La figure de la mère est bien évidemment au centre du livre. Celle de l’auteure est un personnage singulier: immigrée juive, communiste convaincue, elle parle un anglais impeccable ( ce qui lui vaut le respect de ses pairs ), est une femme au foyer insatisfaite mais folle amoureuse de son mari, a un avis sur tout et tout le monde et ne se gêne pas pour le donner en étant persuadée d’être dans le vrai ( et ne prend du coup pas en compte l’avis d’autrui ou le rejette systématiquement ), elle rêve d’une vie hors de son appartement mais se retrouve finalement perdue et profondément déstabilisée le jour où elle doit partir en quête d’un travail… Elle est une somme de contradictions à elle seule et occupe une place immense au sein de sa famille et de son entourage, laissant peu de place à sa fille et à ses proches pour exister.
Vivian Gornick décrypte leur relation d’une façon particulièrement juste et incisive et, malgré la difficulté qu’elle a eu à vivre aux côtés de cette mère envahissante et par moments terriblement castratrice, elle rend hommage à la femme unique qu’elle était, imposante et intelligente.
A travers elle et en esquissant le portrait des autres femmes de sa vie ( sa tante, sa voisine de palier… ), c’est également aux femmes en général que son hommage s’adresse, à leur complexité et leur unicité, à leurs forces et leurs faiblesses, à leurs combats quotidiens. Et en distillant ses souvenirs de jeune fille, d’adolescente pleine de questionnements et de femme mariée et/ou amoureuse incertaine, c’est l’histoire de toutes les femmes qu’elle raconte, ce long chemin semé d’embûches qu’elles doivent parcourir pour se construire.
Elle confie le piège que cela peut représenter de vouloir vivre ses propres expériences en allant contre l’avis de sa mère ( qui est malgré tout un repère ), le rapport au corps, à la sexualité et aux hommes, l’importance de la culture et des études, les introspections sans fin à la recherche du bonheur ou, tout au moins, d’un certain équilibre…

En contant les longues marches qu’elle et sa mère ont l’habitude de faire dans les rues de New York, Vivan Gornick dit l’amour qu’elle voue à sa ville et, particulièrement, à son identité cosmopolite. Elle la décrit comme une ville bouillonnante, riche, profondément humaine et, à l’image de ses habitants, aux visages multiples.
Son histoire de fille d’immigrés ayant grandi dans un quartier populaire ( pauvre même ) de la Grande Pomme est celle de millions d’autres new-yorkais, profondément liés à leur communauté tout en s’ouvrant à la modernité, fiers de leur identité unique.
Elle raconte avec beaucoup de bienveillance et de tendresse la vie dans un immeuble modeste, sa famille à la même enseigne que toutes les autres, le lien étroit entre les femmes qui s’entraident mais savent aussi se critiquer et se juger, la position centrale de sa mère au sein du groupe, le modèle féminin qu’a représenté sa voisine Nettie, l’influence durable qu’elle a eu sur sa vie de femme et d’amante, et, finalement, la façon dont elle s’est peu à peu extraite de cette existence en vase clos sans pourtant jamais vraiment s’en défaire.

L’attachement du titre est donc multiple et, dans tous les cas, viscéral, et la plume précise et franche de Vivian Gornick – révélatrice de son intelligence et de son érudition – en dresse objectivement les contours ( elle n’est jamais complaisante envers elle-même ou les autres ).
Je ne connaissais absolument pas cette auteure, journaliste et féministe convaincue avant de lire cet ouvrage, et je dois avouer que j’ai aimé faire sa connaissance, celle de sa mère aussi, et arpenter avec elles les rues de leur ville chérie. J’ai été touchée par ses souvenirs, notamment ceux consacrés à sa vie de femme amoureuse, je me suis presque sentie chez moi dans cet immeuble vivant du Bronx, et j’ai tourné les pages avec empressement.
C’est en plus un livre qui se lit vite donc je ne peux que vous conseiller d’en faire la découverte par vous-mêmes.

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Les installations grandeur nature de Rune Guneriussen

Rune Guneriussen est un artiste Norvégien adepte des installations en pleine nature.
Diplômé en photographie de L’Institut d’Art et de Design du Surrey ( en Angleterre ), il a choisi les paysages de sa Norvège natale pour s’exprimer et mettre en image sa réflexion sur l’opposition entre la nature et les productions humaines.
Par le biais de l’accumulation, il sort des objets manufacturés de leur contexte habituel – souvent des lampes et des livres – pour mettre en lumière l’impact de l’homme sur son environnement, le lien entre créations humaines ( régies par des règles précises, calibrées ) et nature ( où semble régner la loi du hasard et une grande liberté ).
De ces installations éphémères seules perdurent les photographies qui en sont faites, ces clichés faisant pleinement partie de la démarche artistique.

Quelques exemples de son travail:

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Plus de photos ici, sur son site.