Mademoiselle Julie

J’avais repéré ce film lors de sa sortie au cinéma fin 2014, notamment à cause de sa sublime bande-annonce ( que vous pouvez voir en cliquant sur l’affiche ) et de son casting, mais il n’avait pas été programmé dans ma commune. Et puis je l’avais un peu oublié.

« Mademoiselle Julie », film de Liv Ullmann avec Jessica Chastain, Colin Farrell et Samantha Morton, est en fait le remake d’un premier long métrage réalisé en 1951 et l’adaptation d’une pièce de théâtre en un acte écrite par le suédois August Strindberg en 1889.
Dans un huit-clos prenant essentiellement place dans les communs du château d’un aristocrate, évoluent trois personnages que tout oppose: Mademoiselle Julie, la fille du baron, et John et Kathleen, les domestiques ( respectivement valet et cuisinière ). La jeune femme, qui a perdu sa mère très tôt et dont le père est souvent absent, a pris l’habitude d’errer dans l’immense demeure et dans les jardins et, pour palier à cette extrême solitude et à un manque d’affection évident, investit régulièrement le domaine des domestiques. Consciente de sa position, elle prend un malin plaisir à jouer avec John et à le provoquer sous les yeux de celle qui lui est promise. Usant de son autorité et de ses charmes, elle se montre tour à tour perverse, cruelle et inconvenante, et fait du valet – tiraillé entre son désir et le respect qu’il lui doit – son pantin en le mettant dans une position inconfortable.
L’action se déroule la nuit de la Saint-Jean, moment qui, dans de nombreuses civilisations, forme une parenthèse où le réel semble investit par la magie, où toutes les barrières tombent et où tout est possible.


Une tension extrême, quasi palpable, occupe l’espace de la relation entre Mademoiselle Julie et John, sentiment insoutenable que ce qui se joue entre eux peut à tout moment basculer vers l’irrémédiable, et signe de l’attirance peuplée de non dits qu’ils ressentent l’un pour l’autre. Entre désir intense et agacement, le jeune homme tente d’abord de garder ses distances puis rentre peu à peu dans le jeu de sa partenaire, la laissant chaque fois gagner un peu plus de terrain et combler symboliquement le fossé qui les sépare. Les contacts se font plus nombreux, elle jouant avec le feu et, avec des attitudes parfois proches de la folie, cherchant à le soumettre à ses caprices de petite fille gâtée, et les langues se délient. John lui conte son enfance dans la misère, son espoir de pouvoir un jour s’élever et les heures passées à envier sa vie dorée, et elle lui dit sa solitude, le manque d’amour maternel et le sentiment de vide qui l’habite. A travers leurs mots les différences paraissent s’évanouir.
Mademoiselle Julie se sent enfin comprise, ou tout du moins écoutée, perd le peu de réserve qu’il lui restait encore et, oubliant toutes les conventions, se prend à son propre jeu et se déleste de son honneur et de sa virginité dans la chambre du beau valet.
Les rapports de force s’inversent alors et c’est désormais John qui, fort de ce qui vient de se passer, révèle sa personnalité calculatrice et se montre à son tour violent et cruel, laissant la jeune femme éhontée et sans repères.
L’un et l’autre, alors que la nuit touche à sa fin, savent désormais que plus rien ne sera comme avant et qu’il n’existe aucun moyen de revenir en arrière. Mais là où le valet y voit l’occasion tant attendue de gravir enfin l’échelle sociale, la jeune aristocrate sait que ce cauchemar qu’elle faisait si souvent a finalement pris vie et qu’elle est tombée et, comme elle l’évoquait elle-même, s’est abaissée. Leurs destins, bouleversés pour le meilleur comme pour le pire, sont maintenant scellés.


« Mademoiselle Julie » épingle donc, en nous contant la tragédie qui se noue entre John et sa maîtresse, les travers de la société du XIXe siècle, et en particulier le fait qu’elle maintenait les gens dans l’illusion que les aristocrates et le commun des mortels formaient bien deux mondes à part, les premiers ayant tout pouvoir sur les seconds, disposant et se jouant d’eux à leur guise. Le renversement de la situation entre les deux personnages principaux incarnant les changements amorcés à l’aube du XXe siècle et la déchéance annoncée des privilégiés, engoncés dans leurs traditions ancestrales ( dont la domesticité fait partie ) et effrayés par l’avancée de la modernité.
Mais ce film est aussi une étude des sentiments humains dans ce qu’ils ont de plus vrai et vulnérable. On y constate les effets et les limites de la manipulation, on y trouve une raison à ce qui peut pousser deux personnes que tout oppose et qui semblent si différentes au premier abord dans les bras l’une de l’autre, et on y apprend qu’une force affirmée, une certaine violence même, peut parfois faire écran aux blessures de l’âme et à une grande fragilité.
On se rend également compte que le poids des convenances et la culpabilité sont le plus grand frein qui soit à l’expression libre des sentiments et à la possibilité d’être soi-même, et ce quelle que soit l’époque concernée.
C’est un film fort donc, à l’histoire prenante et où le jeu des acteurs est intense, mais qui souffre de quelques longueurs et d’une réalisation théâtrale parfois un peu empruntée. A voir cependant si on aime les tragédies grecques et les films d’époque ( et/ou les acteurs qui y jouent bien sûr ).

 

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6 réflexions sur “Mademoiselle Julie

  1. J’avais aussi été attirée par la bande annonce de ce film mais il ne me tentais pas plus que ça et je l’ai oublié… alors merci de m’avoir rappelé qu’il existe il va donc aller dans ma liste de films à voir !:)

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