Étiquette : roman

De nos vies entremêlées

J’ai lu « Assez de bleu dans le ciel » de Maggie O’Farrell.

SAM_4474

Le résumé: « Une maison à des kilomètres de tout.
Autour, rien que l’herbe verte, les trembles aux feuilles chargées de pluie et le ciel changeant du Donegal. Ce refuge, Daniel Sullivan s’apprête à le quitter le temps d’une semaine pour se rendre aux États-Unis, son pays d’origine. C’est l’anniversaire de son père, qu’il n’a pas vu depuis des années.
Dans la voiture qui le conduit à l’aéroport, une voix retentit à la radio : celle d’une femme dont il est sans nouvelles depuis vingt ans, son premier amour.
Les souvenirs se déversent. Replonger dans le passé, comprendre ce qui le pousse à abandonner ceux qu’il aime, Daniel ne pense plus qu’à ça.
Mais il y a son épouse Claudette, star de cinéma fantasque, passionnée, qui a choisi d’organiser sa propre disparition pour échapper au monde. Comment lui révéler l’homme qu’il est véritablement ? Que peut-il encore promettre, lui qui n’a jamais su que fuir ?« 

J’ai reçu ce livre dans le cadre d’une masse critique Babelio ( encore merci à eux et aux éditions Belfond ).

« Assez de bleu dans le ciel » est le second roman de Maggie O’Farrell que j’ai l’occasion de lire après « L’Étrange disparition d’Esme Lennox » ( qui m’avait fait l’effet d’une gifle ).
Ici l’auteure s’intéresse de près à Daniel, professeur linguiste américain à la stature imposante et à l’histoire personnelle agitée, marié à la mystérieuse et bouillonnante Claudette pour l’amour de qui il a accepté de vivre dans un coin perdu d’Irlande, au fin fond du Donegal.
On le découvre dans son quotidien, en route pour donner un cours et prendre l’avion vers son pays natal pour l’anniversaire d’un père qu’il hait plus que tout. Les enfants sont dans la voiture, Claudette ouvre tour à tour les 12 portails qui les séparent de la civilisation, et Daniel écoute distraitement la radio. La vie suit son cours donc, jusqu’à ce qu’une voix se fraie un chemin sur les ondes et l’entraîne malgré lui vers une sombre période de son passé, une période qu’il avait tout fait pour oublier.
Impossible désormais de faire semblant, Daniel est bouleversé et n’a d’autre choix que d’affronter ses démons pour préserver tout ce qu’il a construit avec Claudette.
S’en suit une périlleuse quête de vérité et de rédemption entre les États Unis, l’Angleterre et l’Irlande, où il renouera avec ses anciennes vies tout en essayant de garder son présent hors d’atteinte, faisant même le choix de taire ses motivation à la femme de sa vie… à tort ou à raison.

Comme toujours, Maggie O’Farrell déroule le destin de son personnage principal à la manière d’un peintre qui commence une nouvelle toile: les premiers coups de pinceau semblent désordonnés, déposés au hasard, puis le tableau prend peu à peu forme, les couleurs s’assemblent et, finalement, tout devient clair et évident.
On découvre donc Daniel en 2010, alors qu’il vit en Irlande avec sa femme Claudette, Ari le fils que celle-ci a eu avec Timou, son ancien compagnon cinéaste dont elle a été la muse et grâce auquel elle a connu la gloire, et leurs enfants Marithe et Calvin. Toute la famille vit heureuse dans leur maison du bout du monde et rien ne semble pouvoir troubler leur tranquillité. Mais le passé de Daniel ressurgit dans ce tableau idyllique et bouleverse l’équilibre durement gagné.
Pour nous éclairer sur sa quête désespérée et ses motivations, l’auteure nous emmène dans le passé du personnage, lorsqu’il était encore étudiant à l’université et qu’il vivait une histoire d’amour passionnelle avec Nicola Janks, celle dont la voix est venue le percuter ce fameux jour, et lorsqu’il était un père de famille dévoué auprès de ses deux premiers enfants, Niall et Phoebe, pour la garde desquels il s’est battu mais dont il a finalement été séparé pendant de trop longues années. Mais Maggie O’Farrell ne s’arrête pas là. Pour que nous saisissions bien tous les enjeux humains de l’histoire, tous ses engrenages, elle braque également son projecteur sur certains moments de la vie de Claudette, ancienne gloire du cinéma ayant fui la célébrité avec son enfant sous le bras, sur certaines des personnes qui ont croisé sa route ( son ancien compagnon, l’assistant de celui-ci, son frère… ) ou celle de Daniel ( son ancien meilleur ami Todd, son ex Nicola, ses enfants… ), et met ainsi en lumière les interactions entre chacun d’eux et les évènements qui ont fait de Claudette et Daniel ce qu’ils étaient au moment où tout a dérapé, en 2010, et ce qu’ils sont aujourd’hui en 2016.
La psychologie de chaque personnage est fouillée, aucune de leurs pensées – même les plus intimes – ne nous sont épargnées et, au final, nous n’ignorons aucun des aspects de leur vie ( aucun de ceux qui concernent l’histoire en tous cas ). C’est d’ailleurs ce qui nous les rend si proches et donne au récit une dimension particulièrement humaine.

« Assez de bleu dans le ciel » est donc un roman dense et riche, intelligemment écrit et qui touche son lecteur en plein cœur.
Le nombre de personnages et les allers-retours dans le passé peuvent déstabiliser au début mais, personnellement, c’est une des caractéristiques de l’écriture de Maggie O’Farrell que j’apprécie. Elle lui permet de distiller habilement des indices sur l’histoire et la personnalité de ses personnages tout en éveillant notre intérêt de façon exponentielle.
J’ai été touchée par Daniel, ses blessures et son lourd passé, par Claudette aussi, son charisme et sa boulimie de liberté, mais également par les personnages secondaires, chacun à leur façon ( Nicola et Niall particulièrement ). Leur histoire fait forcément écho à la notre et nous rappelle que chacun de nos choix, chacune de nos décisions, a des conséquences sur notre vie, mais aussi sur celle de nos proches.
J’ai donc passé un très agréable moment en leur compagnie et, si vous avez le goût des destins uniques et agités, émouvants surtout, je ne peux que vous le recommander.

Enregistrer

D’une sauvage lutte pour la liberté

J’ai lu « Red Rising », tome 1, de Pierce Brown.

sam_4357

Le résumé: « Darrow n’est pas un héros. Tout ce qu’il souhaite, c’est vivre heureux avec l’amour de sa vie. Mais les Ors, les dirigeants de la Société, en ont décidé autrement. Ils lui ont tout enlevé : sa raison de vivre, ses certitudes, jusqu’à son reflet dans le miroir.
Darrow n’a plus d’autre choix que de devenir comme ceux qui l’écrasent. Pour mieux les détruire. Il va être accepté au légendaire Institut, y être formé avec l’élite des Ors, dans un terrain d’entraînement grandeur nature.
Sauf que même ce paradis est un champ de bataille. Un champ de bataille où règnent deux règles : tuer ou être tué, dominer ou être dominé. »

J’avais choisi ce livre en grande partie à cause de sa couverture ( oui, j’ai un truc avec les ailes ) et des excellentes critiques qu’il a reçues sur la toile.

« Red Rising » est le premier des trois tomes de la saga dystopique imaginée par Pierce Brown.
Le héros, Darrow, n’a pas la vie d’un adolescent classique: il vit sur Mars, au sein du groupe qui occupe la place la plus basse sur l’échelle sociale, les Rouges, est déjà marié et travaille durement à la mine. Il est un fossoyeur, le meilleur parmi ses pairs, et passe la majorité de son temps à creuser la roche dans l’espoir que ses efforts permettront aux Hommes de pouvoir enfin investir la surface de la planète.
Au sommet de la société, les Ors ne cessent en effet de marteler au petit peuple qu’ils sont la clé de la réussite de leur plan et que rien ne sera possible sans eux.
Darrow donne donc tout ce qu’il a, jours après jours, et ne se permet que peu de libertés. Et quand Eo, celle qu’il aime, l’entraîne dans un lieu interdit et lui donne un avant-goût du bonheur, il hésite, aveuglément fidèle aux principes qui lui ont été inculqués depuis toujours. Il ne comprend pas non plus quand elle lui parle de rébellion et d’opposition au pouvoir en place, tout ça est à mille lieues de ce à quoi il aspire et il refuse de mourir avant d’avoir 30 ans, comme son père avant lui.
Mais les deux jeunes gens sont découverts et, alors qu’ils sont amenés en place publique pour être fouettés, Eo entonne un chant interdit, le chant de la liberté, et bouleverse par son sacrifice la vie de son mari. Désormais plus rien ne sera comme avant et Darrow, épaulé par d’obscurs alliés, va tout mettre en œuvre pour venger sa bien-aimée et, pour la première fois, mener un Rouge à la tête d’une société qui s’est construite sur le mensonge et l’exploitation des plus faibles.

J’ai beaucoup aimé la première partie, celle où l’on découvre Darrow et, à travers lui, le destin de tous les Rouges, appelés à passer leur courte vie dans les entrailles de Mars. L’ambiance lourde et oppressante est quasiment palpable et, en tant que lecteurs, nous avons nous aussi du mal à respirer dans cet univers particulièrement sombre où le plaisir n’a pas sa place.
Darrow a une personnalité duelle, il est à la fois totalement investi dans son rôle ( il ne s’imagine d’ailleurs pas occuper une autre place que la sienne ) et tête-brûlée au travail, déjà un peu rebelle sur les bords même s’il n’en a pas encore conscience. Il est très attaché aux quelques membres de sa famille encore en vie mais, plus que tout, à Eo, sa femme, qui voit en lui le héros qui bouleversera l’ordre établi. On n’a aucun mal à s’identifier à lui lorsqu’il la perd et qu’il s’effondre sous le poids du chagrin, ni même lorsque, miraculé, il décide de se servir de sa peine comme d’une arme pour la venger, elle et tous les siens.
J’ai par contre bien moins accroché aux parties suivantes même si l’action est prenante et que des rebondissements inattendus donnent du rythme au récit ( qui tend cependant à s’essouffler en partie 3 ). Les rapprochements avec des dystopies existantes sont inévitables, Hunger Games et Divergente notamment, puisque pour arriver au bout de la première étape de son plan Darrow doit participer à un cruel jeu de guerre qui oppose plusieurs maisons. Il y a du sang, de la trahison, une ambiance violente et glauque… rien ne nous est épargné! Et, finalement, l’aspect dystopie/science-fiction de l’histoire passe au second plan.
J’hésite du coup à poursuivre avec le second tome…

Pour résumer: Pierce Brown livre un roman efficace où l’action prend place dans un monde crédible et bien pensé ( même si ça sent le déjà-vu ), et on suit avidement les aventures de Darrow, propulsé héros malgré lui.
L’écriture est agréable, moderne et inventive ( l’auteur use et abuse de néologismes pour décrire les armes et la technologie – c’est un peu déroutant au début d’ailleurs ), et les différents personnages, Darrow en tête, forme une intéressante galerie ( Sevro et son père ont particulièrement retenus mon attention ).
Je comprends aisément que les fans de Hunger Games aient été conquis mais, personnellement, je sors de cette lecture un peu perplexe.

Des choix et de leurs conséquences

J’ai lu « Clarissa » de Stefan Zweig.

Clarissa

Le résumé: « « Le monde entre 1902 et le début de la Seconde Guerre mondiale, vu à travers les yeux d’une femme » : ainsi Stefan Zweig résumait-il le thème de ce roman, entrepris dans les derniers temps de sa vie et retrouvé dans ses archives.
Clarissa, fille d’un militaire autrichien, est née en 1894. À l’aube du premier conflit mondial, elle rencontre à Lucerne, en Suisse, un jeune socialiste français, Léonard, qui n’est pas sans évoquer Romain Rolland. La guerre les sépare, mais Clarissa attend un enfant.
Dans l’Europe déchirée, en proie à l’hystérie nationaliste, son acceptation de cette maternité va devenir, plus qu’une décision personnelle : un destin et un symbole.
Une œuvre testamentaire où le grand écrivain autrichien résume, de façon poignante, son idéal humaniste et son désespoir.« 

Comme certains d’entre vous, je suis amoureuse de la plume de Stefan Zweig.
J’ai découvert cet auteur avec le célébrissime « La confusion des sentiments », et ça a été une vraie révélation. J’ai du coup enchaîné avec plusieurs titres sur une courte période avant de faire une pause de peur d’épuiser toute son œuvre ( oui je sais, c’est idiot ^^ ).

Ce qu’il faut savoir avant tout, c’est que ce roman est inachevé et qu’il a été publié après la disparition de l’auteur. ça en fait forcément un livre un peu à part.

Personnellement, j’avoue ne pas avoir grand chose à en dire.
L’histoire est simple: on suit sur plusieurs années – de 1902 à 1920/30 – le destin de Clarissa, jeune fille de bonne famille ayant grandi sans mère et dans l’ombre d’un père obsédé par sa mission dans l’armée, sur fond de Première Guerre mondiale.
Ayant passé une dizaine d’années dans un établissement privé, elle se retrouve totalement dépourvue lorsque son père lui annonce qu’il quitte Vienne et qu’elle et son frère vont devoir gérer leur vie seuls. Ne connaissant rien du monde qui l’entoure, elle décide au hasard d’une rencontre de s’intéresser de plus près aux sciences de l’éducation – en plein essor à l’époque – et devient la secrétaire particulière d’un psychiatre passionné par le sujet. Et, lors d’un voyage en Suisse entrepris pour rendre service à son patron, elle rencontre celui qui, alors qu’elle ne s’était jusque là jamais intéressée aux hommes ( ni de près ni de loin ), va faire chavirer son cœur et la placer – malgré lui – dans une situation particulièrement difficile.
Clarissa va donc devoir faire le choix le plus important de sa modeste vie, à l’aune de sa propre situation et de celle, mouvementée, de l’Europe de ce début de XXe siècle.

L’histoire est simple donc, et intéressante de par la mise en parallèle de la petite et de la grande Histoire, et, comme d’habitude avec Zweig, la plume particulièrement belle.
Mais le personnage central de ce roman, Clarissa, ne m’a pas particulièrement touchée. L’auteur lui prête un caractère introverti et peu enclin à la confidence et nous ne savons finalement pas grand chose d’elle, de ce qui fait sa vie et de ce dont sont faites ses pensées ( ou alors de façon très superficielle ). Difficile donc de s’approprier son histoire et de s’identifier à elle ( même si elle fait un choix plutôt osé pour l’époque en optant pour des études et un travail plutôt qu’un mariage ). Difficile aussi d’être réellement ému par son parcours et d’entrer pleinement dans le récit.
De plus, la période de sa vie qui dévoile un peu de son humanité – son histoire d’amour avec Léonard –  ne représente qu’une petite partie du roman et ne suffit pas à nous la rendre sympathique.

L’intérêt du livre ( que l’on peut présenter comme un joli portrait de femme ) tient donc finalement plus dans la description en arrière-plan de la vie en temps de guerre, et l’évocation de la place de l’Autriche dans le conflit, que dans l’histoire de Clarissa à proprement parler ( dont la fin est abrupte puisque le livre n’a pas été achevé ).
Mais lire du Zweig est toujours pour moi un réel plaisir et jamais ( ô grand jamais! ) une perte de temps.

Enregistrer

Enregistrer

D’une plongée dans la psyché adolescente

J’ai lu « La pluie, les garçons et autres choses mystérieuses » de Susane Colasanti.

La pluie

Le résumé: « Après sa rupture avec un garçon qu’elle aime toujours, Rhiannon est dévastée. Nicole, elle, n’est pas sûre de comprendre pourquoi elle a quitté son petit ami réputé parfait, quels fantômes de son passé l’empêchent d’être heureuse ? James en a assez de jouer le rôle du meilleur ami de Rhiannon, qu’il aime en secret. En une semaine, ces trois adolescents sur le fil vont voir leur vie bouleversée, à travers les hauts et les bas de l’amour, de l’amitié et de ce qui se cache parfois entre les deux. »

Dans ce roman, Susane Colasanti donne la parole à trois adolescents, amis et élèves du même lycée new-yorkais: Rihannon, Nicole et James. Chacun prend la parole à son tour pour raconter une semaine de leur quotidien durant laquelle la vie les a quelque peu bousculés: Rihannon s’est faite larguée par James, qu’elle pensait à ses côtés pour longtemps et qu’elle n’arrive pas à oublier ( bien qu’il ait déjà tourné la page ), Nicole a quitté Danny sans trop savoir pourquoi et reporte toute son attention sur son charmant prof de maths, comme si elle pensait trouver dans cette obsession d’adolescente la solution à ses problèmes, et James, délaissé par sa dernière petite-amie en date, a de plus en plus de mal à gérer son statut de meilleur ami et de confident auprès de Rihannon.
Cette semaine va, contre toute attente, bouleverser leurs petites habitudes, éclaircir leur ciel et leur donner de nouvelles perspectives.

« La pluie, les garçons et autres choses mystérieuses », roman pour adolescents s’il en est, est rédigé comme un journal intime à 3 voix, celles de Rihannon, Nicole et James. Ils sont amis et fréquentent le même lycée de design au cœur de New-York, ne se quittant que la nuit. Ils vivent donc les mêmes journées, chacun étant témoin du moindre moment de la vie des deux autres, et leurs destins sont étroitement mêlés.
Rihannon a une vie plutôt facile malgré le manque de relation avec ses parents, travailleurs acharnés qui ne jurent que par la réussite sociale, et son seul soucis du moment est sa rupture avec Steve. Quittée du jour au lendemain, sans signe annonciateur, elle n’arrive pas à digérer la situation et fait tout ce qu’elle peut pour le reconquérir. Elle est soutenue dans sa quête par son fidèle ami James, qui oscille entre compassion et ras-le-bol de la voir courir après un garçon qui ne l’a pas respectée, et par sa meilleure amie Nicole, prête à tout pour lui venir en aide, quitte à contrevenir au règlement du lycée.
Nicole, qui a un caractère bien trempé et la garde-robe excentrique qui va avec, essaie tant bien que mal de gérer l’attitude intrusive de sa mère ( à grand renfort de séances de psy ) avec qui elle est venue s’installer à New-York il y a peu. Elle a quitté le charismatique Danny sur un coup de tête, se demandant encore pourquoi, et passe le plus clair de son temps à s’imaginer une vie de couple avec son prof de maths aux airs d’acteur hollywoodien. Mais sous une apparence d’ado lambda qui ne s’en laisse pas conter, elle cache un sombre secret qui ne lui laisse que peu de répit.
James, de son côté, tente de garder la tête hors de l’eau dans le petit appartement encombré qu’il partage avec ses parents et son petit frère. Il trouve un peu de réconfort en aidant sa vieille voisine et en s’imaginant une vie meilleure où le manque d’argent n’aurait pas sa place. Il est inséparable de Rihannon mais a de plus en plus de mal à gérer leur amitié fusionnelle, notamment quand ça implique de l’écouter se plaindre d’avoir perdu Steve.
Autour d’eux gravitent quelques personnages secondaires dont Sheila, qui se débat dans une relation nocive, et Jackson, dont la geek attitude est trompeuse.

La construction de ce livre est clairement l’un de ses points forts. Cette structure de journal intime, rédigé jour par jour par chacun des trois personnages principaux, permet de plonger au cœur de l’intime, d’être au plus près de leur ressenti.
Malheureusement, ça permet aussi de comparer chaque récit et de remarquer que l’histoire de Rihannon est celle qui pêche par son manque de profondeur. Elle est le personnage des trois qui manque le plus d’épaisseur et dont les péripéties sonnent creux. Le roman s’ouvre sur ses mots et je dois dire que, durant cette première partie, je me suis prodigieusement ennuyée.
Mais Nicole et James sont là pour apporter au livre une touche profondément humaine et j’ai aimé faire leur connaissance et avoir accès à leurs pensées les plus personnelles.
Parce que même si « La pluie, les garçons et autres choses mystérieuses » est une chronique de la vie adolescente, il n’en a pas totalement la légèreté et, surtout pas, la superficialité. En effet, au milieu des petits tracas du quotidien de nos trois héros – entre amours perdus et/ou (re)trouvés, vie rêvée et preuves d’amitié – émerge un propos bien plus sérieux, plus émouvant aussi, qui touche directement à l’essentiel. Et c’est bien là la qualité principale de ce roman.
Parce qu’être adolescent c’est faire preuve d’insouciance et d’audace, c’est vivre l’instant, mais pas que…

De la nécessité de garder un sombre secret

J’ai lu « Tugdual – Les cœurs noirs » ( tome 1 ) d’Anne Plichota et Cendrine Wolf.

Tugdual

Le résumé: « Ce qui peut leur arriver de pire : tomber amoureux…
Serendipity, petite ville du sud des états-Unis. Tugdual, dix-huit ans, fait partie d une famille pas tout à fait comme les autres : comme lui, Mortimer, son frère de dix-sept ans, et Zoé, sa sœur de seize ans, sont dotés de pouvoirs surnaturels qu’ils doivent dissimuler.
Mais un autre secret pèse encore plus lourdement sur leur cœur : ils exercent malgré eux une attraction irrésistible sur les autres. Et, bien pire, cette attraction est mortelle pour ceux qui la subissent.
En dépit de leur prudence, ils vont bientôt découvrir que d’autres connaissent leur secret. Derrière une apparente bienveillance, qui sont-ils ?
Alors qu’une véritable organisation se met en place autour d’eux et que leur mal continue de les ronger, ils font néanmoins leur possible pour vivre comme n’importe quels ados.
Mais quand l’amour s’en mêle, les choses se compliquent dangereusement…« 

Ce qu’il faut savoir avant tout, c’est que la série « Tugdual » – composée de trois tomes – est le spin off de la saga « Oksa Pollock »- qui compte six tomes.
J’avais donc quelques appréhensions en débutant cette lecture, ne sachant pas s’il était indispensable d’avoir lu la saga originelle ou pas.

Tugdual, Mortimer, Zoé, leur mère Barbara et leur grand-père Abakoum forment en apparence une famille comme les autres mais ils cachent en fait un terrible secret. Mortimer est en effet le seul enfant naturel de Barbara – Zoé est sa cousine, Tugdual son demi-frère -, et si tous ont voyagé sans réel but pendant des mois c’est pour protéger les gens de leur pouvoir d’attraction destructeur, un pouvoir hérité des délires mégalomaniaques du père de Tugdual et Mortimer: le désormais défunt Orthon.
Les trois adolescents émettent en effet de puissantes phéromones qui les rendent irrésistibles aux yeux du commun des mortels, et un seul baiser de leur part aspirent toute vie chez le malheureux élu, ne laissant de lui qu’un corps vieilli méconnaissable.
Alors que Zoé et Tugdual ont déjà fait des victimes et que la menace plane sur Mortimer, tout espoir d’avoir un jour une vie normale semble perdu. Mais Abakoum finit par trouver une solution qui leur permet d’entrevoir un avenir plus serein: il donne à chacun d’eux un bracelet serti d’un cristal qui absorbe les phéromones tant que le soleil brille, et décide d’installer sa famille dans la petite ville en apparence tranquille de Serendipity.
Les adolescents, heureux d’être enfin presque comme tout le monde, s’inscrivent au lycée, se font des amis et se réjouissent des habitudes du quotidien.
Mais c’était sans compter sur la difficulté qu’il y a à tenter de garder un secret tout en se liant aux autres, et sur le fait que ce qui est secret pour les uns ne l’est pas forcément pour les autres…

Ces derniers temps, et contrairement à mes habitudes livresques jusque là ( qui étaient en très grande partie tournées vers les romans et recueils de nouvelles dits « classiques » ), je ressens le besoin de me plonger dans des univers fantastiques, et c’est bien dans le but de me changer les idées que j’ai jeté mon dévolu sur ce premier tome de « Tugdual ». En même temps, comment résister au minois de ce héro charismatique? ^^
Comme je l’ai évoqué plus haut j’avais cependant quelques appréhensions. D’une, parce que je craignais qu’il soit souvent question d’Oksa et de ses aventures au cours du récit, de deux, parce que je n’avais pas envie de retrouver dans cet univers des points communs avec d’autres sagas connues ( comme Harry Potter ou Twilight par exemple ).
Pour le premier point, il est effectivement question d’Oksa et de son passé commun avec Zoé, Mortimer et – surtout – Tugdual, mais ça n’empêche en rien la bonne compréhension de l’intrigue et de ses enjeux, ça entretient le mystère qui entoure les 3 héros et ça donne une petite idée de la complexité de l’histoire d’Oksa ( et, pourquoi pas, envie de lire sa propre saga ). Le passé des adolescents reste volontairement nébuleux, les auteures distillant quelques indices avec parcimonie tout au long du récit, juste de quoi aiguiser notre curiosité et nous faire tourner les pages avec empressement.
Pour le second point, j’ai vite été rassurée puisqu’en dehors de l’attraction qu’ils exercent sur leur entourage – qui peut rappeler le charisme envoûtant de certains personnages d’autres sagas, comme Edward dans « Twilight » par exemple – et de leur baiser mortel – qui intervenait déjà dans la série télévisée « Heartless », diffusée en juillet sur France 4 -, leur histoire est plutôt originale. Leur sécrétion hors norme de phéromones n’est en fait pas leur seul pouvoir, et leur nature semble plus tenir du super héro que du vampire ou du simple sorcier. Ils agissent d’ailleurs comme tel en tentant de contrebalancer l’aspect violent et sombre de leurs aptitudes par la mise en place de missions destinées à aider leur prochain.

Ces deux point mis à part, « Tugdual » a tous les ingrédients nécessaires pour nous faire passer un bon moment. Ce livre tient à la fois du palpitant récit fantastique, avec tout ce qu’il faut de suspens, d’intrigue et d’action, de l’enquête policière, parce que la ville de Serendipity et ses habitants ne sont en fait pas si banals que ça, et du parcours initiatique adolescent classique. Zoé, Mortimer et Tugdual doivent en effet gérer, en plus de ce qui découle de leur nature particulière, tout ce qui fait la vie d’un jeune lambda: l’amitié, les sentiments amoureux, les exploits sportifs, les activités extra-scolaires… sans pour autant que l’on tombe dans les clichés du genre. Et ça ne les rend finalement que plus « humains ». Tout comme leurs personnalités, bien distinctes, et les interactions des uns avec les autres, à la fois emplies de pudeur et pétries d’amour.
Le style des auteures est très agréable, notamment parce que moderne ( le récit est par exemple émaillé de références musicales contemporaines qui le rendent plus concret et plus réel ), et j’ai vraiment apprécié l’attention qu’elles ont portée aux sentiments et aux pensées de chaque personnage, toujours précisément et habilement explicités.
Bref, même si ce n’est pas à mes yeux la saga du siècle ( avis purement subjectif ), j’ai passé un bon moment en compagnie de Tugdual et de sa famille et je lirai avec plaisir les deux tomes suivants.

Enregistrer

Enregistrer

D’une vile machination ( ou Bien mal acquis ne profite jamais )

J’ai ( enfin ) fini de lire « La dame en blanc » de W. Wilkie Collins.

La dame en blanc

Je l’avais acheté en fin d’année dernière et j’avais de grands espoirs quand à son contenu.

Le résumé: « Dans la fournaise de l’été, en ce milieu du XIXe siècle, William Hartright, jeune professeur de dessin émérite, s’apprête à quitter Londres pour enseigner l’aquarelle à deux jeunes filles de l’aristocratie, dans le Cumberland.
Il laisse derrière lui la vie trépidante de la ville et ses étranges incidents, comme cette rencontre en pleine nuit avec une jeune femme terrorisée, toute de blanc vêtue, semblant fuir un invisible danger… Mais la campagne anglaise, malgré ses charmes bucoliques, n’apaise pas le jeune William autant qu’il le souhaiterait. La demeure de Limmeridge recèle en effet de bien lourds secrets, et lorsque resurgit la mystérieuse dame en blanc, il est bien difficile d’affirmer qu’il ne s’agit pas d’un présage funeste…
« 

William Hartright, jeune maître de dessin londonien, accepte d’enseigner durant plusieurs mois son art à deux sœurs d’une riche famille du Cumberland, Marian et Laura. Lors de sa dernière soirée en ville, il est surpris par une étrange jeune femme vêtue de blanc, apeurée et quelque peu incohérente, à laquelle il apporte son aide. Parti à contrecœur, encore bouleversé par cette déstabilisante rencontre, il prend finalement plaisir à occuper son nouveau poste et se sent rapidement à Limmeridge House comme chez lui. Il se lie d’amitié avec Marian, la plus intelligente et la plus affirmée des jeunes femmes, et tombe bien malgré lui sous le charme de Laura, séduit par sa douceur et sa pureté. Mais cette dernière est promise à un membre de l’aristocratie depuis plusieurs années déjà et, conscient que l’affection qu’ils ressentent l’un pour l’autre n’a pas d’avenir, il décide la mort dans l’âme de quitter le Cumberland et de s’exiler en Amérique du Sud.
Laura se retrouve donc face à son destin et, toujours accompagnée de la fidèle Marian, devient la femme de Sir Percival Glyde, l’homme que son défunt père avait choisi pour elle.
Les mois passent, William envoyant quelques lettres à Marian, et Laura fait ses premiers pas d’épouse à Blackwater Park, découvrant peu à peu le vrai visage de son mari.
Lorsque finalement William revient en Angleterre, il apprend de la bouche de sa mère que Laura vient de mourir. Que s’est-il-passé? Où est désormais Marian? Qui est finalement cet obscur Sir Glyde? Quel rôle a joué l’ami de celui-ci, le mystérieux Comte Fosco? Quel rapport y-a-t’il entre sa rencontre avec la Dame en Blanc et la disparition de Laura?… Autant de questions auxquelles le jeune homme va tenter de répondre, poussé par son amour pour la jeune femme et aidé par quelques bons coups du sort.

Ce roman du XIXe siècle, célèbrissime outre-Manche, a eu ( et a encore ) un succès assez confidentiel en France.
Il est étiqueté « roman policier » mais, personnellement, je le qualifierais plutôt de « roman à suspens ». Il n’y a en effet pas d’enquête policière à proprement parler, mais bien un mystère à résoudre au prix d’une quête riche en rebondissements et en révélations ( mais bon, je chipote ).
Comme je vous le disais en introduction, j’attendais beaucoup de ce livre, influencée par les incroyables critiques que j’avais lues à son sujet et par son alléchant résumé. Mais, après avoir laborieusement lu ses 600 et quelques pages, je dois bien avouer que je n’ai pas été embarquée par le récit de Wilkie Collins. L’histoire en elle-même est plutôt intéressante, les ressorts dramatiques bien trouvés, mais la plume de l’auteur m’a laissée de marbre.
« La dame en blanc » se présente comme un journal intime rédigé à plusieurs mains, chacun des intervenants racontant sa version de l’histoire, et c’est pour moi le point fort de ce livre. J’ai adoré la personnalité de Marian, si solide et avisée, et j’ai été amusée par celle de Mr Fairlie, névrosé au dernier degré, mais en dehors de ça je me suis prodigieusement ennuyée. Que de longueurs! Sans compter que j’ai compris le nœud de l’histoire bien avant la fin…
Bref, en ce qui me concerne – et contrairement à beaucoup – ça n’a pas été une franche réussite et j’en suis la première désolée.