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De nos vies entremêlées

J’ai lu « Assez de bleu dans le ciel » de Maggie O’Farrell.

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Le résumé: « Une maison à des kilomètres de tout.
Autour, rien que l’herbe verte, les trembles aux feuilles chargées de pluie et le ciel changeant du Donegal. Ce refuge, Daniel Sullivan s’apprête à le quitter le temps d’une semaine pour se rendre aux États-Unis, son pays d’origine. C’est l’anniversaire de son père, qu’il n’a pas vu depuis des années.
Dans la voiture qui le conduit à l’aéroport, une voix retentit à la radio : celle d’une femme dont il est sans nouvelles depuis vingt ans, son premier amour.
Les souvenirs se déversent. Replonger dans le passé, comprendre ce qui le pousse à abandonner ceux qu’il aime, Daniel ne pense plus qu’à ça.
Mais il y a son épouse Claudette, star de cinéma fantasque, passionnée, qui a choisi d’organiser sa propre disparition pour échapper au monde. Comment lui révéler l’homme qu’il est véritablement ? Que peut-il encore promettre, lui qui n’a jamais su que fuir ?« 

J’ai reçu ce livre dans le cadre d’une masse critique Babelio ( encore merci à eux et aux éditions Belfond ).

« Assez de bleu dans le ciel » est le second roman de Maggie O’Farrell que j’ai l’occasion de lire après « L’Étrange disparition d’Esme Lennox » ( qui m’avait fait l’effet d’une gifle ).
Ici l’auteure s’intéresse de près à Daniel, professeur linguiste américain à la stature imposante et à l’histoire personnelle agitée, marié à la mystérieuse et bouillonnante Claudette pour l’amour de qui il a accepté de vivre dans un coin perdu d’Irlande, au fin fond du Donegal.
On le découvre dans son quotidien, en route pour donner un cours et prendre l’avion vers son pays natal pour l’anniversaire d’un père qu’il hait plus que tout. Les enfants sont dans la voiture, Claudette ouvre tour à tour les 12 portails qui les séparent de la civilisation, et Daniel écoute distraitement la radio. La vie suit son cours donc, jusqu’à ce qu’une voix se fraie un chemin sur les ondes et l’entraîne malgré lui vers une sombre période de son passé, une période qu’il avait tout fait pour oublier.
Impossible désormais de faire semblant, Daniel est bouleversé et n’a d’autre choix que d’affronter ses démons pour préserver tout ce qu’il a construit avec Claudette.
S’en suit une périlleuse quête de vérité et de rédemption entre les États Unis, l’Angleterre et l’Irlande, où il renouera avec ses anciennes vies tout en essayant de garder son présent hors d’atteinte, faisant même le choix de taire ses motivation à la femme de sa vie… à tort ou à raison.

Comme toujours, Maggie O’Farrell déroule le destin de son personnage principal à la manière d’un peintre qui commence une nouvelle toile: les premiers coups de pinceau semblent désordonnés, déposés au hasard, puis le tableau prend peu à peu forme, les couleurs s’assemblent et, finalement, tout devient clair et évident.
On découvre donc Daniel en 2010, alors qu’il vit en Irlande avec sa femme Claudette, Ari le fils que celle-ci a eu avec Timou, son ancien compagnon cinéaste dont elle a été la muse et grâce auquel elle a connu la gloire, et leurs enfants Marithe et Calvin. Toute la famille vit heureuse dans leur maison du bout du monde et rien ne semble pouvoir troubler leur tranquillité. Mais le passé de Daniel ressurgit dans ce tableau idyllique et bouleverse l’équilibre durement gagné.
Pour nous éclairer sur sa quête désespérée et ses motivations, l’auteure nous emmène dans le passé du personnage, lorsqu’il était encore étudiant à l’université et qu’il vivait une histoire d’amour passionnelle avec Nicola Janks, celle dont la voix est venue le percuter ce fameux jour, et lorsqu’il était un père de famille dévoué auprès de ses deux premiers enfants, Niall et Phoebe, pour la garde desquels il s’est battu mais dont il a finalement été séparé pendant de trop longues années. Mais Maggie O’Farrell ne s’arrête pas là. Pour que nous saisissions bien tous les enjeux humains de l’histoire, tous ses engrenages, elle braque également son projecteur sur certains moments de la vie de Claudette, ancienne gloire du cinéma ayant fui la célébrité avec son enfant sous le bras, sur certaines des personnes qui ont croisé sa route ( son ancien compagnon, l’assistant de celui-ci, son frère… ) ou celle de Daniel ( son ancien meilleur ami Todd, son ex Nicola, ses enfants… ), et met ainsi en lumière les interactions entre chacun d’eux et les évènements qui ont fait de Claudette et Daniel ce qu’ils étaient au moment où tout a dérapé, en 2010, et ce qu’ils sont aujourd’hui en 2016.
La psychologie de chaque personnage est fouillée, aucune de leurs pensées – même les plus intimes – ne nous sont épargnées et, au final, nous n’ignorons aucun des aspects de leur vie ( aucun de ceux qui concernent l’histoire en tous cas ). C’est d’ailleurs ce qui nous les rend si proches et donne au récit une dimension particulièrement humaine.

« Assez de bleu dans le ciel » est donc un roman dense et riche, intelligemment écrit et qui touche son lecteur en plein cœur.
Le nombre de personnages et les allers-retours dans le passé peuvent déstabiliser au début mais, personnellement, c’est une des caractéristiques de l’écriture de Maggie O’Farrell que j’apprécie. Elle lui permet de distiller habilement des indices sur l’histoire et la personnalité de ses personnages tout en éveillant notre intérêt de façon exponentielle.
J’ai été touchée par Daniel, ses blessures et son lourd passé, par Claudette aussi, son charisme et sa boulimie de liberté, mais également par les personnages secondaires, chacun à leur façon ( Nicola et Niall particulièrement ). Leur histoire fait forcément écho à la notre et nous rappelle que chacun de nos choix, chacune de nos décisions, a des conséquences sur notre vie, mais aussi sur celle de nos proches.
J’ai donc passé un très agréable moment en leur compagnie et, si vous avez le goût des destins uniques et agités, émouvants surtout, je ne peux que vous le recommander.

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D’une sauvage lutte pour la liberté

J’ai lu « Red Rising », tome 1, de Pierce Brown.

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Le résumé: « Darrow n’est pas un héros. Tout ce qu’il souhaite, c’est vivre heureux avec l’amour de sa vie. Mais les Ors, les dirigeants de la Société, en ont décidé autrement. Ils lui ont tout enlevé : sa raison de vivre, ses certitudes, jusqu’à son reflet dans le miroir.
Darrow n’a plus d’autre choix que de devenir comme ceux qui l’écrasent. Pour mieux les détruire. Il va être accepté au légendaire Institut, y être formé avec l’élite des Ors, dans un terrain d’entraînement grandeur nature.
Sauf que même ce paradis est un champ de bataille. Un champ de bataille où règnent deux règles : tuer ou être tué, dominer ou être dominé. »

J’avais choisi ce livre en grande partie à cause de sa couverture ( oui, j’ai un truc avec les ailes ) et des excellentes critiques qu’il a reçues sur la toile.

« Red Rising » est le premier des trois tomes de la saga dystopique imaginée par Pierce Brown.
Le héros, Darrow, n’a pas la vie d’un adolescent classique: il vit sur Mars, au sein du groupe qui occupe la place la plus basse sur l’échelle sociale, les Rouges, est déjà marié et travaille durement à la mine. Il est un fossoyeur, le meilleur parmi ses pairs, et passe la majorité de son temps à creuser la roche dans l’espoir que ses efforts permettront aux Hommes de pouvoir enfin investir la surface de la planète.
Au sommet de la société, les Ors ne cessent en effet de marteler au petit peuple qu’ils sont la clé de la réussite de leur plan et que rien ne sera possible sans eux.
Darrow donne donc tout ce qu’il a, jours après jours, et ne se permet que peu de libertés. Et quand Eo, celle qu’il aime, l’entraîne dans un lieu interdit et lui donne un avant-goût du bonheur, il hésite, aveuglément fidèle aux principes qui lui ont été inculqués depuis toujours. Il ne comprend pas non plus quand elle lui parle de rébellion et d’opposition au pouvoir en place, tout ça est à mille lieues de ce à quoi il aspire et il refuse de mourir avant d’avoir 30 ans, comme son père avant lui.
Mais les deux jeunes gens sont découverts et, alors qu’ils sont amenés en place publique pour être fouettés, Eo entonne un chant interdit, le chant de la liberté, et bouleverse par son sacrifice la vie de son mari. Désormais plus rien ne sera comme avant et Darrow, épaulé par d’obscurs alliés, va tout mettre en œuvre pour venger sa bien-aimée et, pour la première fois, mener un Rouge à la tête d’une société qui s’est construite sur le mensonge et l’exploitation des plus faibles.

J’ai beaucoup aimé la première partie, celle où l’on découvre Darrow et, à travers lui, le destin de tous les Rouges, appelés à passer leur courte vie dans les entrailles de Mars. L’ambiance lourde et oppressante est quasiment palpable et, en tant que lecteurs, nous avons nous aussi du mal à respirer dans cet univers particulièrement sombre où le plaisir n’a pas sa place.
Darrow a une personnalité duelle, il est à la fois totalement investi dans son rôle ( il ne s’imagine d’ailleurs pas occuper une autre place que la sienne ) et tête-brûlée au travail, déjà un peu rebelle sur les bords même s’il n’en a pas encore conscience. Il est très attaché aux quelques membres de sa famille encore en vie mais, plus que tout, à Eo, sa femme, qui voit en lui le héros qui bouleversera l’ordre établi. On n’a aucun mal à s’identifier à lui lorsqu’il la perd et qu’il s’effondre sous le poids du chagrin, ni même lorsque, miraculé, il décide de se servir de sa peine comme d’une arme pour la venger, elle et tous les siens.
J’ai par contre bien moins accroché aux parties suivantes même si l’action est prenante et que des rebondissements inattendus donnent du rythme au récit ( qui tend cependant à s’essouffler en partie 3 ). Les rapprochements avec des dystopies existantes sont inévitables, Hunger Games et Divergente notamment, puisque pour arriver au bout de la première étape de son plan Darrow doit participer à un cruel jeu de guerre qui oppose plusieurs maisons. Il y a du sang, de la trahison, une ambiance violente et glauque… rien ne nous est épargné! Et, finalement, l’aspect dystopie/science-fiction de l’histoire passe au second plan.
J’hésite du coup à poursuivre avec le second tome…

Pour résumer: Pierce Brown livre un roman efficace où l’action prend place dans un monde crédible et bien pensé ( même si ça sent le déjà-vu ), et on suit avidement les aventures de Darrow, propulsé héros malgré lui.
L’écriture est agréable, moderne et inventive ( l’auteur use et abuse de néologismes pour décrire les armes et la technologie – c’est un peu déroutant au début d’ailleurs ), et les différents personnages, Darrow en tête, forme une intéressante galerie ( Sevro et son père ont particulièrement retenus mon attention ).
Je comprends aisément que les fans de Hunger Games aient été conquis mais, personnellement, je sors de cette lecture un peu perplexe.

Des choix et de leurs conséquences

J’ai lu « Clarissa » de Stefan Zweig.

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Le résumé: « « Le monde entre 1902 et le début de la Seconde Guerre mondiale, vu à travers les yeux d’une femme » : ainsi Stefan Zweig résumait-il le thème de ce roman, entrepris dans les derniers temps de sa vie et retrouvé dans ses archives.
Clarissa, fille d’un militaire autrichien, est née en 1894. À l’aube du premier conflit mondial, elle rencontre à Lucerne, en Suisse, un jeune socialiste français, Léonard, qui n’est pas sans évoquer Romain Rolland. La guerre les sépare, mais Clarissa attend un enfant.
Dans l’Europe déchirée, en proie à l’hystérie nationaliste, son acceptation de cette maternité va devenir, plus qu’une décision personnelle : un destin et un symbole.
Une œuvre testamentaire où le grand écrivain autrichien résume, de façon poignante, son idéal humaniste et son désespoir.« 

Comme certains d’entre vous, je suis amoureuse de la plume de Stefan Zweig.
J’ai découvert cet auteur avec le célébrissime « La confusion des sentiments », et ça a été une vraie révélation. J’ai du coup enchaîné avec plusieurs titres sur une courte période avant de faire une pause de peur d’épuiser toute son œuvre ( oui je sais, c’est idiot ^^ ).

Ce qu’il faut savoir avant tout, c’est que ce roman est inachevé et qu’il a été publié après la disparition de l’auteur. ça en fait forcément un livre un peu à part.

Personnellement, j’avoue ne pas avoir grand chose à en dire.
L’histoire est simple: on suit sur plusieurs années – de 1902 à 1920/30 – le destin de Clarissa, jeune fille de bonne famille ayant grandi sans mère et dans l’ombre d’un père obsédé par sa mission dans l’armée, sur fond de Première Guerre mondiale.
Ayant passé une dizaine d’années dans un établissement privé, elle se retrouve totalement dépourvue lorsque son père lui annonce qu’il quitte Vienne et qu’elle et son frère vont devoir gérer leur vie seuls. Ne connaissant rien du monde qui l’entoure, elle décide au hasard d’une rencontre de s’intéresser de plus près aux sciences de l’éducation – en plein essor à l’époque – et devient la secrétaire particulière d’un psychiatre passionné par le sujet. Et, lors d’un voyage en Suisse entrepris pour rendre service à son patron, elle rencontre celui qui, alors qu’elle ne s’était jusque là jamais intéressée aux hommes ( ni de près ni de loin ), va faire chavirer son cœur et la placer – malgré lui – dans une situation particulièrement difficile.
Clarissa va donc devoir faire le choix le plus important de sa modeste vie, à l’aune de sa propre situation et de celle, mouvementée, de l’Europe de ce début de XXe siècle.

L’histoire est simple donc, et intéressante de par la mise en parallèle de la petite et de la grande Histoire, et, comme d’habitude avec Zweig, la plume particulièrement belle.
Mais le personnage central de ce roman, Clarissa, ne m’a pas particulièrement touchée. L’auteur lui prête un caractère introverti et peu enclin à la confidence et nous ne savons finalement pas grand chose d’elle, de ce qui fait sa vie et de ce dont sont faites ses pensées ( ou alors de façon très superficielle ). Difficile donc de s’approprier son histoire et de s’identifier à elle ( même si elle fait un choix plutôt osé pour l’époque en optant pour des études et un travail plutôt qu’un mariage ). Difficile aussi d’être réellement ému par son parcours et d’entrer pleinement dans le récit.
De plus, la période de sa vie qui dévoile un peu de son humanité – son histoire d’amour avec Léonard –  ne représente qu’une petite partie du roman et ne suffit pas à nous la rendre sympathique.

L’intérêt du livre ( que l’on peut présenter comme un joli portrait de femme ) tient donc finalement plus dans la description en arrière-plan de la vie en temps de guerre, et l’évocation de la place de l’Autriche dans le conflit, que dans l’histoire de Clarissa à proprement parler ( dont la fin est abrupte puisque le livre n’a pas été achevé ).
Mais lire du Zweig est toujours pour moi un réel plaisir et jamais ( ô grand jamais! ) une perte de temps.

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D’être une femme

J’ai lu « Attachement féroce » de Vivian Gornick.

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J’ai reçu ce livre dans le cadre de la dernière Masse Critique organisée par Babelio.

Le résumé: « Icône du journalisme en Amérique, Vivian Gornick a surtout connu le succès en Amérique avec ses textes autobiographiques. Le plus « culte » , Attachement féroce, publié en 1987, paraît pour la première fois en français. Dans la lignée de L’Année de la pensée magique de Didion ou de Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeanette Winterson, Gornick s’empare d’un sujet universel : les relations mère-fille. Dès les premières pages, on tombe sous le charme de cette mère puissante et terrible. Vivian raconte l’amour fou qui les lie et leurs marches dans la ville. Elles arpentent New York et leur vie, avec une lucidité qui frappe en plein cœur.« 

« Attachement féroce » est un livre autobiographique aux airs de journal intime, dont le fil rouge est la relation riche mais compliquée entre l’auteure et sa mère.
Dans une atmosphère très personnelle sans pour autant être trop intimiste, Vivian Gornick délivre ses souvenirs tels qu’ils lui reviennent en mémoire, avec un ordre chronologique parfois bouleversé, émaillant son discours du récit de ses déambulations rituelles dans les rues de New York avec celle qu’elle aime sans pouvoir s’empêcher de la détester.

La figure de la mère est bien évidemment au centre du livre. Celle de l’auteure est un personnage singulier: immigrée juive, communiste convaincue, elle parle un anglais impeccable ( ce qui lui vaut le respect de ses pairs ), est une femme au foyer insatisfaite mais folle amoureuse de son mari, a un avis sur tout et tout le monde et ne se gêne pas pour le donner en étant persuadée d’être dans le vrai ( et ne prend du coup pas en compte l’avis d’autrui ou le rejette systématiquement ), elle rêve d’une vie hors de son appartement mais se retrouve finalement perdue et profondément déstabilisée le jour où elle doit partir en quête d’un travail… Elle est une somme de contradictions à elle seule et occupe une place immense au sein de sa famille et de son entourage, laissant peu de place à sa fille et à ses proches pour exister.
Vivian Gornick décrypte leur relation d’une façon particulièrement juste et incisive et, malgré la difficulté qu’elle a eu à vivre aux côtés de cette mère envahissante et par moments terriblement castratrice, elle rend hommage à la femme unique qu’elle était, imposante et intelligente.
A travers elle et en esquissant le portrait des autres femmes de sa vie ( sa tante, sa voisine de palier… ), c’est également aux femmes en général que son hommage s’adresse, à leur complexité et leur unicité, à leurs forces et leurs faiblesses, à leurs combats quotidiens. Et en distillant ses souvenirs de jeune fille, d’adolescente pleine de questionnements et de femme mariée et/ou amoureuse incertaine, c’est l’histoire de toutes les femmes qu’elle raconte, ce long chemin semé d’embûches qu’elles doivent parcourir pour se construire.
Elle confie le piège que cela peut représenter de vouloir vivre ses propres expériences en allant contre l’avis de sa mère ( qui est malgré tout un repère ), le rapport au corps, à la sexualité et aux hommes, l’importance de la culture et des études, les introspections sans fin à la recherche du bonheur ou, tout au moins, d’un certain équilibre…

En contant les longues marches qu’elle et sa mère ont l’habitude de faire dans les rues de New York, Vivan Gornick dit l’amour qu’elle voue à sa ville et, particulièrement, à son identité cosmopolite. Elle la décrit comme une ville bouillonnante, riche, profondément humaine et, à l’image de ses habitants, aux visages multiples.
Son histoire de fille d’immigrés ayant grandi dans un quartier populaire ( pauvre même ) de la Grande Pomme est celle de millions d’autres new-yorkais, profondément liés à leur communauté tout en s’ouvrant à la modernité, fiers de leur identité unique.
Elle raconte avec beaucoup de bienveillance et de tendresse la vie dans un immeuble modeste, sa famille à la même enseigne que toutes les autres, le lien étroit entre les femmes qui s’entraident mais savent aussi se critiquer et se juger, la position centrale de sa mère au sein du groupe, le modèle féminin qu’a représenté sa voisine Nettie, l’influence durable qu’elle a eu sur sa vie de femme et d’amante, et, finalement, la façon dont elle s’est peu à peu extraite de cette existence en vase clos sans pourtant jamais vraiment s’en défaire.

L’attachement du titre est donc multiple et, dans tous les cas, viscéral, et la plume précise et franche de Vivian Gornick – révélatrice de son intelligence et de son érudition – en dresse objectivement les contours ( elle n’est jamais complaisante envers elle-même ou les autres ).
Je ne connaissais absolument pas cette auteure, journaliste et féministe convaincue avant de lire cet ouvrage, et je dois avouer que j’ai aimé faire sa connaissance, celle de sa mère aussi, et arpenter avec elles les rues de leur ville chérie. J’ai été touchée par ses souvenirs, notamment ceux consacrés à sa vie de femme amoureuse, je me suis presque sentie chez moi dans cet immeuble vivant du Bronx, et j’ai tourné les pages avec empressement.
C’est en plus un livre qui se lit vite donc je ne peux que vous conseiller d’en faire la découverte par vous-mêmes.

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D’une plongée dans la psyché adolescente

J’ai lu « La pluie, les garçons et autres choses mystérieuses » de Susane Colasanti.

La pluie

Le résumé: « Après sa rupture avec un garçon qu’elle aime toujours, Rhiannon est dévastée. Nicole, elle, n’est pas sûre de comprendre pourquoi elle a quitté son petit ami réputé parfait, quels fantômes de son passé l’empêchent d’être heureuse ? James en a assez de jouer le rôle du meilleur ami de Rhiannon, qu’il aime en secret. En une semaine, ces trois adolescents sur le fil vont voir leur vie bouleversée, à travers les hauts et les bas de l’amour, de l’amitié et de ce qui se cache parfois entre les deux. »

Dans ce roman, Susane Colasanti donne la parole à trois adolescents, amis et élèves du même lycée new-yorkais: Rihannon, Nicole et James. Chacun prend la parole à son tour pour raconter une semaine de leur quotidien durant laquelle la vie les a quelque peu bousculés: Rihannon s’est faite larguée par James, qu’elle pensait à ses côtés pour longtemps et qu’elle n’arrive pas à oublier ( bien qu’il ait déjà tourné la page ), Nicole a quitté Danny sans trop savoir pourquoi et reporte toute son attention sur son charmant prof de maths, comme si elle pensait trouver dans cette obsession d’adolescente la solution à ses problèmes, et James, délaissé par sa dernière petite-amie en date, a de plus en plus de mal à gérer son statut de meilleur ami et de confident auprès de Rihannon.
Cette semaine va, contre toute attente, bouleverser leurs petites habitudes, éclaircir leur ciel et leur donner de nouvelles perspectives.

« La pluie, les garçons et autres choses mystérieuses », roman pour adolescents s’il en est, est rédigé comme un journal intime à 3 voix, celles de Rihannon, Nicole et James. Ils sont amis et fréquentent le même lycée de design au cœur de New-York, ne se quittant que la nuit. Ils vivent donc les mêmes journées, chacun étant témoin du moindre moment de la vie des deux autres, et leurs destins sont étroitement mêlés.
Rihannon a une vie plutôt facile malgré le manque de relation avec ses parents, travailleurs acharnés qui ne jurent que par la réussite sociale, et son seul soucis du moment est sa rupture avec Steve. Quittée du jour au lendemain, sans signe annonciateur, elle n’arrive pas à digérer la situation et fait tout ce qu’elle peut pour le reconquérir. Elle est soutenue dans sa quête par son fidèle ami James, qui oscille entre compassion et ras-le-bol de la voir courir après un garçon qui ne l’a pas respectée, et par sa meilleure amie Nicole, prête à tout pour lui venir en aide, quitte à contrevenir au règlement du lycée.
Nicole, qui a un caractère bien trempé et la garde-robe excentrique qui va avec, essaie tant bien que mal de gérer l’attitude intrusive de sa mère ( à grand renfort de séances de psy ) avec qui elle est venue s’installer à New-York il y a peu. Elle a quitté le charismatique Danny sur un coup de tête, se demandant encore pourquoi, et passe le plus clair de son temps à s’imaginer une vie de couple avec son prof de maths aux airs d’acteur hollywoodien. Mais sous une apparence d’ado lambda qui ne s’en laisse pas conter, elle cache un sombre secret qui ne lui laisse que peu de répit.
James, de son côté, tente de garder la tête hors de l’eau dans le petit appartement encombré qu’il partage avec ses parents et son petit frère. Il trouve un peu de réconfort en aidant sa vieille voisine et en s’imaginant une vie meilleure où le manque d’argent n’aurait pas sa place. Il est inséparable de Rihannon mais a de plus en plus de mal à gérer leur amitié fusionnelle, notamment quand ça implique de l’écouter se plaindre d’avoir perdu Steve.
Autour d’eux gravitent quelques personnages secondaires dont Sheila, qui se débat dans une relation nocive, et Jackson, dont la geek attitude est trompeuse.

La construction de ce livre est clairement l’un de ses points forts. Cette structure de journal intime, rédigé jour par jour par chacun des trois personnages principaux, permet de plonger au cœur de l’intime, d’être au plus près de leur ressenti.
Malheureusement, ça permet aussi de comparer chaque récit et de remarquer que l’histoire de Rihannon est celle qui pêche par son manque de profondeur. Elle est le personnage des trois qui manque le plus d’épaisseur et dont les péripéties sonnent creux. Le roman s’ouvre sur ses mots et je dois dire que, durant cette première partie, je me suis prodigieusement ennuyée.
Mais Nicole et James sont là pour apporter au livre une touche profondément humaine et j’ai aimé faire leur connaissance et avoir accès à leurs pensées les plus personnelles.
Parce que même si « La pluie, les garçons et autres choses mystérieuses » est une chronique de la vie adolescente, il n’en a pas totalement la légèreté et, surtout pas, la superficialité. En effet, au milieu des petits tracas du quotidien de nos trois héros – entre amours perdus et/ou (re)trouvés, vie rêvée et preuves d’amitié – émerge un propos bien plus sérieux, plus émouvant aussi, qui touche directement à l’essentiel. Et c’est bien là la qualité principale de ce roman.
Parce qu’être adolescent c’est faire preuve d’insouciance et d’audace, c’est vivre l’instant, mais pas que…

Ravitaillement #17 ( butin de Noël )

Cadeaux de Noël oblige, il est temps de faire un point sur ma PAL et, en l’occurrence, sur les nouveaux titres qui y ont fait leur entrée.
Le Père Noël a encore une fois été généreux et de bons moments de lecture s’annoncent ^^

Tout d’abord, et pour changer un peu – parce que ma PAL est déjà bourrée de romans -, deux sublimes BD ( j’ai découvert cet auteur grâce à l’une d’entre vous et je l’en remercie ):

« Le Cadavre et le Sofa » de Tony Sandoval

Le résumé: « Christian a disparu, et plus personne dans la ville ne sort pour jouer, excepté Polo qui préfère explorer les vastes prairies du coin. Il y rencontre Sophie, avec qui il va se retrouver plongé dans le mystère de la mort de Christian quand ils découvriront son corps sans vie au beau milieu de nulle part. Ils vont passer l’été a observer les états de décomposition du cadavre de Christian sur un vieux sofa qui d’une certaine façon, semble lié à Christian. A cette histoire, des gens étranges de la ville et éventuellement des loups garous seront ajoutés, offrant un épilogue plutôt étonnant. »

« Doomboy » de Tony Sandoval

Le résumé: « Doom Boy est un adolescent solitaire qui joue pour lui seul des morceaux de guitare électrique. Pour lui seul ? Pas tout à fait car à l’aide d’un vieil émetteur radio, il envoie ses morceaux vers sa bien aimée, vers l’au-delà. Ce qu’il ignore, c’est que toute la ville capte sa musique. Il devient très vite un héros anonyme, seul son meilleur ami sachant qu’il est l’auteur de ces compositions. Jusqu’au jour où un enregistrement de sa musique circule… »

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Les illustration sont superbes, du grand art, et il me tarde de me plonger dans cet univers si particulier.

Ensuite, dans un tout autre style, les premiers tomes de deux sagas fantastiques aux styles très différents:

– « Partials » de Dan Wells

Le résumé: « 2076. La guerre contre les Partials, ces êtres génétiquement modifiés, a décimé la quasi-totalité de la planète. Quarante mille humains survivent sur l’île de Long Island sous la férule d’un Sénat autoritaire tandis que le virus RM reste sans antidote. Les nouveau-nés vivent moins d’une journée, si ce n’est quelques minutes. La population, déjà très éprouvée, est désormais traumatisée par la loi Espoir : toute jeune fille de 18 ans a l’obligation de tomber enceinte. Le combat de Kira Walker, étudiante en médecine, commence à cet instant. Ses ennemis ne sont pas les Partials mais le RM. Son obsession ne concerne pas la dérive fasciste du Sénat mais une folle hypothèse scientifique. Kira décide de suivre son intuition au risque de devenir une hors-la-loi ou la cible des Partials… »

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Une dystopie, une héroïne, une intrigue novatrice… il ne m’en fallait pas plus pour craquer. J’espère ne pas être déçue.

« Red Rising » de Pierce Brown

Le résumé: « Darrow n’est pas un héros. Tout ce qu’il souhaite, c’est vivre heureux avec l’amour de sa vie. Mais les Ors, les dirigeants de la Société, en ont décidé autrement. Ils lui ont tout enlevé : sa raison de vivre, ses certitudes, jusqu’à son reflet dans le miroir.
Darrow n’a plus d’autre choix que de devenir comme ceux qui l’écrasent. Pour mieux les détruire. Il va être accepté au légendaire Institut, y être formé avec l’élite des Ors, dans un terrain d’entraînement grandeur nature.
Sauf que même ce paradis est un champ de bataille. Un champ de bataille où règnent deux règles : tuer ou être tué, dominer ou être dominé. »

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Ambiance dystopique là aussi, colonisation de Mars, un héro qui n’a plus rien à perdre… ce cocktail était plus que tentant. Et puis je dois bien l’avouer: j’ai flashé sur la couverture.

Et pour finir, deux tomes de Harry Potter pour poursuivre ma plongée littéraire dans le monde de l’intrépide sorcier ( comme pour beaucoup, cet univers me fait un bien fou ):

« Harry Potter et l’Ordre du Phoenix «  de J.K. Rowling

Le résumé: « À quinze ans, Harry entre en cinquième année à Poudlard mais il n’a jamais été aussi anxieux. L’adolescence, la perspective des examens et ces étranges cauchemars… Car Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom est de retour. Le ministère de la Magie ne semble pas prendre cette menace au sérieux, contrairement à Dumbledore, le directeur du collège de Poudlard. La résistance s’organise alors autour de Harry qui va devoir compter sur le courage et la fidélité de ses amis de toujours… » 

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Inutile de vous dire à quel point j’ai hâte de marcher de nouveau aux côté de Harry, Ron et Hermione!

« Harry Potter et les Reliques de la Mort » de J.K.Rowling

Le résumé: « Cet été-là, Harry atteint ses dix-sept ans, l’âge de la majorité pour un sorcier, et s’apprête à faire face à son destin. Soutenu par Ron et Hermione, Harry se consacre pleinement à la mission confiée par Dumbledore avant de mourir, la chasse aux Horcruxes. Mais le Seigneur des Ténèbres règne désormais en maître absolu. Traqués, en exil, les trois fidèles amis vont connaître une solitude sans précédent, où leur courage, leurs choix et leurs sacrifices seront déterminants dans la lutte contre les forces du mal. Leur quête croisera celle des Reliques de la Mort, et fera surgir du passé des révélations capitales et parfois douloureuses. Ces épreuves conduiront Harry, sans détour, vers sa destinée, l’affrontement final avec Lord Voldemort. »

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Et là vous vous dites: « elle est fatiguée la pauvre, elle a sauté un tome! » ^^
Mais nonnnnn… je m’achèterai le tome manquant dans l’édition classique Folio Junior mais je voulais à tout prix avoir le dernier dans cette belle nouvelle édition Gallimard ( qui aurait d’ailleurs mérité d’avoir une couverture cartonnée – et non souple – pour mettre en valeur ce design au top – mais ça n’engage que moi ).

Voilà donc. J’ai été gâtée et je me réjouis d’avance de plonger au cœur de ces pages ( et de toutes celles qui patientent déjà – et encore – dans ma PAL ).

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