Catégorie : Films

Art et désamour

Vacances oblige, l’été est la pire période en ce qui concerne la programmation télévisuelle. Depuis 2 semaines il n’y a en effet strictement plus rien de potable à se mettre sous la rétine, juste d’énièmes rediffusions ( films et émissions confondus ).
Je suis donc partie en quête de films inédits et, le hasard faisant souvent bien les choses, ces derniers jours j’en ai regardé deux dont les thèmes principaux sont les mêmes: l’art et le désamour.

– « Summer in february« , de Christopher Menaul ( 2013 ).

( bande annonce visible en cliquant sur l’affiche )

Au début des années 1910, Alfred Munnings, fougueux jeune peintre fasciné par les chevaux, séjourne avec une bande d’amis artistes dans les Cornouailles, au cœur d’un domaine bordant les falaises où le capitaine Gilbert Evans est chargé de faire régner un semblant d’ordre au nom du propriétaire. Devenus amis, les deux hommes s’éprennent de la même jeune femme: Florence Carter-Wood. Fascinée par l’aura et le talent de Munnings, elle accepte sur un coup de tête de l’épouser mais, consciente de son erreur, le tient à distance et finit par se rapprocher d’Evans pour partager avec lui quelques courtes semaines de bonheur.

« Summer in February » est à la fois l’histoire d’une époque, où l’insouciance était encore de mise, et l’histoire d’un destin, celui de la fragile Florence Carter-Wood. Car c’est finalement elle le personnage principal de ce triangle amoureux tragique sur fond de création artistique.
Les images sont sublimes – notamment grâce à d’incroyables paysages -, les interprètes plus que convaincants ( mention spéciale à Emily Browning ) et le récit passionnant.
Petit moins: le personnage d’Alfred Munnings est juste ébauché et on le quitte à la fin du film sans finalement en avoir appris beaucoup à son sujet. Il faut donc être conscient qu’il ne s’agit pas d’un biopic mais bien d’un coup de projecteur sur un court moment de sa vie.
Quoiqu’il en soit, j’ai adoré!

– « Effie Gray« , de Richard Laxton ( 2016 ).

( bande annonce visible en cliquant sur l’affiche )

Euphemia  » Effie » Gray, jeune écossaise rêvant de vie mondaine, vient d’épouser l’homme dont elle est éprise depuis son enfance: John Ruskin, le célèbre critique d’art. Persuadée d’avoir conclu un mariage d’amour et qu’une vie heureuse s’ouvre à elle, elle déchante rapidement en découvrant la relation au combien envahissante qui unit son époux à ses parents – et plus particulièrement à sa mère -, et la personnalité trouble de celui-ci. S’en suivent des années de solitude et de souffrance, jusqu’à ce qu’un nouveau venu, jeune peintre protégé de Ruskin, apporte une note d’espoir dans cette morne existence.

Tout comme « Summer in February », « Effie Gray » est tout à la fois le reflet d’une époque – et plus particulièrement, celui de la position de la femme dans la société durant ladite époque ( le XIXe siècle ) -, et un tragique portrait féminin.
Comme la plupart des jeunes femmes de son temps Effie quitte l’autorité de son père pour celle de son mari, remettant entièrement son destin entre ses mains. Et comme d’autres femmes de son temps, elle se retrouve piégée dans un mariage sans amour, auprès d’un époux qui la délaisse, la néglige et la maltraite psychologiquement, aidé en cela par ses parents, sûrs de leur bon droit.
Dakota Fanning campe à la perfection une Effie tout à la fois forte et vulnérable, Greg Wise est tout bonnement détestable, et, là aussi, les paysages sont superbes ( bien que moins ensoleillés ). Un pur plaisir cinématographique et une histoire – vraie – sidérante.

Deux très beaux films donc, qui mettent en lumière des personnages marquants, méconnus du public français, dont l’histoire vaut amplement le détour.

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Mademoiselle Julie

J’avais repéré ce film lors de sa sortie au cinéma fin 2014, notamment à cause de sa sublime bande-annonce ( que vous pouvez voir en cliquant sur l’affiche ) et de son casting, mais il n’avait pas été programmé dans ma commune. Et puis je l’avais un peu oublié.

« Mademoiselle Julie », film de Liv Ullmann avec Jessica Chastain, Colin Farrell et Samantha Morton, est en fait le remake d’un premier long métrage réalisé en 1951 et l’adaptation d’une pièce de théâtre en un acte écrite par le suédois August Strindberg en 1889.
Dans un huit-clos prenant essentiellement place dans les communs du château d’un aristocrate, évoluent trois personnages que tout oppose: Mademoiselle Julie, la fille du baron, et John et Kathleen, les domestiques ( respectivement valet et cuisinière ). La jeune femme, qui a perdu sa mère très tôt et dont le père est souvent absent, a pris l’habitude d’errer dans l’immense demeure et dans les jardins et, pour palier à cette extrême solitude et à un manque d’affection évident, investit régulièrement le domaine des domestiques. Consciente de sa position, elle prend un malin plaisir à jouer avec John et à le provoquer sous les yeux de celle qui lui est promise. Usant de son autorité et de ses charmes, elle se montre tour à tour perverse, cruelle et inconvenante, et fait du valet – tiraillé entre son désir et le respect qu’il lui doit – son pantin en le mettant dans une position inconfortable.
L’action se déroule la nuit de la Saint-Jean, moment qui, dans de nombreuses civilisations, forme une parenthèse où le réel semble investit par la magie, où toutes les barrières tombent et où tout est possible.


Une tension extrême, quasi palpable, occupe l’espace de la relation entre Mademoiselle Julie et John, sentiment insoutenable que ce qui se joue entre eux peut à tout moment basculer vers l’irrémédiable, et signe de l’attirance peuplée de non dits qu’ils ressentent l’un pour l’autre. Entre désir intense et agacement, le jeune homme tente d’abord de garder ses distances puis rentre peu à peu dans le jeu de sa partenaire, la laissant chaque fois gagner un peu plus de terrain et combler symboliquement le fossé qui les sépare. Les contacts se font plus nombreux, elle jouant avec le feu et, avec des attitudes parfois proches de la folie, cherchant à le soumettre à ses caprices de petite fille gâtée, et les langues se délient. John lui conte son enfance dans la misère, son espoir de pouvoir un jour s’élever et les heures passées à envier sa vie dorée, et elle lui dit sa solitude, le manque d’amour maternel et le sentiment de vide qui l’habite. A travers leurs mots les différences paraissent s’évanouir.
Mademoiselle Julie se sent enfin comprise, ou tout du moins écoutée, perd le peu de réserve qu’il lui restait encore et, oubliant toutes les conventions, se prend à son propre jeu et se déleste de son honneur et de sa virginité dans la chambre du beau valet.
Les rapports de force s’inversent alors et c’est désormais John qui, fort de ce qui vient de se passer, révèle sa personnalité calculatrice et se montre à son tour violent et cruel, laissant la jeune femme éhontée et sans repères.
L’un et l’autre, alors que la nuit touche à sa fin, savent désormais que plus rien ne sera comme avant et qu’il n’existe aucun moyen de revenir en arrière. Mais là où le valet y voit l’occasion tant attendue de gravir enfin l’échelle sociale, la jeune aristocrate sait que ce cauchemar qu’elle faisait si souvent a finalement pris vie et qu’elle est tombée et, comme elle l’évoquait elle-même, s’est abaissée. Leurs destins, bouleversés pour le meilleur comme pour le pire, sont maintenant scellés.


« Mademoiselle Julie » épingle donc, en nous contant la tragédie qui se noue entre John et sa maîtresse, les travers de la société du XIXe siècle, et en particulier le fait qu’elle maintenait les gens dans l’illusion que les aristocrates et le commun des mortels formaient bien deux mondes à part, les premiers ayant tout pouvoir sur les seconds, disposant et se jouant d’eux à leur guise. Le renversement de la situation entre les deux personnages principaux incarnant les changements amorcés à l’aube du XXe siècle et la déchéance annoncée des privilégiés, engoncés dans leurs traditions ancestrales ( dont la domesticité fait partie ) et effrayés par l’avancée de la modernité.
Mais ce film est aussi une étude des sentiments humains dans ce qu’ils ont de plus vrai et vulnérable. On y constate les effets et les limites de la manipulation, on y trouve une raison à ce qui peut pousser deux personnes que tout oppose et qui semblent si différentes au premier abord dans les bras l’une de l’autre, et on y apprend qu’une force affirmée, une certaine violence même, peut parfois faire écran aux blessures de l’âme et à une grande fragilité.
On se rend également compte que le poids des convenances et la culpabilité sont le plus grand frein qui soit à l’expression libre des sentiments et à la possibilité d’être soi-même, et ce quelle que soit l’époque concernée.
C’est un film fort donc, à l’histoire prenante et où le jeu des acteurs est intense, mais qui souffre de quelques longueurs et d’une réalisation théâtrale parfois un peu empruntée. A voir cependant si on aime les tragédies grecques et les films d’époque ( et/ou les acteurs qui y jouent bien sûr ).

 

Celebrity crush – TAG

J’ai été gentiment nominée par Romy21, du chouette blog « Costumes de films« , alors c’est parti!

♣ Coup de cœur de jeunesse:

Je ne sais pas trop s’il s’agit d’un coup de cœur que j’ai eu durant ma jeunesse ou d’un coup de cœur concernant un acteur qui a débuté dans des films pour enfants/ados donc, dans le doute, je réponds aux deux.

  • Dans ma jeunesse ( quand j’étais ado quoi ): Keanu Reeves. Je l’ai découvert dans « Point Break » et je ne l’ai plus lâché: « My own private Idaho », le « Dracula » de Coppola, « Little Buddha », « Speed », « Les vendanges de feu », « L »associé du diable », « Matrix » ( bien sûr )… j’ai tout regardé! J’avais deux posters géants dans ma chambre.
    C’est un des rares acteurs hollywoodiens qui cartonnent sans pour autant jouer le jeu de star system. J’adore.

  • Un acteur estampillé « jeunesse »: Freddie Highmore. Je l’ai découvert dans « Charlie et la chocolaterie » et j’ai aimé sa bouille ( et son incroyable talent ). Depuis je suis sa carrière d’assez près.

♣ Coup de cœur pour une femme:

Alors là, sans hésiter: Rachel Weisz. Pour moi c’est l’actrice parfaite. J’ai aimé beaucoup de ses films mais elle m’a particulièrement marquée dans « Agora »

♣ Coup de cœur de plus de 40 ans:

Là aussi sans hésiter: Jeffrey Dean Morgan. On ne le voit d’ailleurs pas assez à mon goût sur grand écran.
Son rôle de Denis Duquette dans « Grey »s anatomy » a fini de me convaincre.

♣ Coup de cœur boys band:

Oula… Je n’ai jamais été très boys band donc… joker! 😛

♣ Coup de cœur plus jeune que moi:

Euh… voyons… je dirais Reeve Carney. Il n’a qu’un an de moins que moi mais ça compte hein? ^^
Son interprétation de Dorian Gray dans « Penny Dreadful » est top et je ne pouvais pas ne pas être sensible à son charme!

♣ Coup de cœur pour un homme qui n’est pas censé être beau:

J’aime beaucoup le charme de Mads Mikkelsen, notamment dans son rôle de viking dans le très nébuleux « Valhalla rising » et dans « Le roi Arthur ».

♣ Coup de cœur animé:

Pas simple… je dirais: Totoro! Ce n’est pas un humain mais franchement, qui ne rêverait pas de l’avoir comme ami ( et de faire sa sieste sur son bidou )?

♣ Coup de cœur fictif:

Mr Darcy, interprété par Matthew McFadyen. Mais j’aime aussi celui de Colin Firth et son charme so bristish.

♣ Coup de cœur sportif:

Encore une colle… le sport et moi ça fait clairement 2! Je ne sais pas. Joker²!

♣ Coup de cœur que l’on a mis du temps à aimer:

En général je suis plutôt du genre à aimer tout de suite, presque au premier coup d’oeil, mais je dirais: Alexander Skarsgard. Je l’ai découvert dans « True Blood » et au début je lui préférais nettement Stephen Moyer ( je suis plus brun que blond ), mais son sex appeal a eu gain de cause.

♣ Coup de cœur qui nous fait rire:

Qui me fait rire et qui me touche à la fois: Miles Teller. Dans « The spectacular now » et « Two night stand » il est juste parfait.

♣ COUP DE CŒUR DE NOTRE VIE:

Si je ne devais en choisi qu’un c’est ça?

Pour son immense talent: Leonardo DiCaprio. Plus jeune je craquais pour son physique mais moins maintenant… on vieillit tous! 😀
Le rôle que je préfère parmi tous: Roméo dans le « Romeo + Juliet » de Baz Luhrmann.

Je ne nomine personne mais n’hésitez pas à le faire, c’est toujours sympa de connaître les goûts des uns et des autres.

 

 

 

 

The Danish Girl

Après avoir lu, et beaucoup aimé, le livre de David Ebershoff « Danish Girl », je viens enfin de voir le film du même nom de Tom Hooper.

( bande-annonce visible en cliquant sur l’affiche )

Le film est une fidèle adaptation du roman avec, en tête d’affiche, Alicia Vikander dans le rôle de Gerda Wegener et Eddie Redmayne dans celui de son mari, Einar.

Pour ceux qui seraient passés à côté, le résumé ( celui du livre en l’occurrence, plus complet ): « À Copenhague en 1925 Einar Wegener et Greta Waud, son épouse, forment un couple étonnant. Lui, peintre paysagiste reconnu, petit, délicat, est discret jusqu’à l’effacement. Elle, peintre également, est grande, américaine, blonde et issue d’une famille riche. Tous deux s’harmonisent étrangement jusqu’au jour où Greta, en l’absence de son modèle féminin, demande à son mari d’enfiler une paire de bas. De cette demande et du trouble qu’il en advient va naître Lili, qui petit à petit prendra le dessus sur celui qui l’a engendrée comme par inadvertance. Einar se sent femme. Il ne se déguise pas, ne joue pas. Il est celle qui peut tomber amoureuse, et désire donner la vie. Il sera le premier homme, en pleine montée du nazisme, à souhaiter physiquement changer de sexe. »

Je ne vais évidemment pas vous répéter tout ce que j’ai déjà dit ici, dans ma chronique sur le roman, puisque ça vaut aussi pour son adaptation cinématographique.

Le film en lui-même est superbe de bout en bout. La lumière, les couleurs et la photographie, magnifiques, sont particulièrement travaillées et mettent parfaitement en valeur l’excellentissime jeu d’Eddie Redmayne.
Dés le début, le réalisateur fait le choix de porter son attention sur de petits détails qui, accumulés, mettent subtilement le spectateur sur la voie. La caméra se focalise en effet régulièrement sur ce qui, dans l’environnement d’Einar, évoque sa particularité: ce qui peut passer pour une profonde admiration vouée aux femmes, et qui l’est en partie – forcément-, se révèle rapidement être une réelle attirance pour l’univers féminin. Chaque confrontation directe étant pour le peintre une occasion de se rapprocher de ce qu’il aspire secrètement à être ( et dont il n’a pas encore conscience ): ramasser un délicat caraco de Gerda laissé à l’abandon sur le sol, l’aider à rectifier son maquillage, la regarder à la dérobée délacer ses bottines… Autant de petits gestes en apparence anodins qui sont en fait lourds de sens.

Contrairement au livre, qui met en avant le fait que, bien que très amoureux et complices, Gerda et Einar ne sont pas en phase sexuellement, le film met l’accent sur une grande connivence physique entre les époux. C’est un choix narratif comme un autre mais, personnellement, je trouve que ça induit le spectateur en erreur. L’arrivée de Lili au sein de foyer apparait en effet du coup comme une menace, d’autant plus que Gerda se révèle rapidement être jalouse, et la tension dramatique domine. Le couple semble perdre quelque chose d’important lorsqu’Einar commence à refuser à sa femme les moments d’intimité qu’elle réclame, alors que dans la version écrite, la présence de Lili est vécue comme une joie malgré ce désagrément.
Gerda est l’instigatrice de la transformation physique de son mari en Lili. C’est elle qui provoque, involontairement, son apparition, et c’est elle qui entraîne son mari dans son jeu de faux semblants. Mais, là où dans le roman elle réagit positivement aux allées et venues de plus en plus fréquentes de Lili dans l’appartement conjugal et même à ses sorties en ville, dans le film, elle réagit violemment aux envies de liberté de sa créature et se montre particulièrement jalouse et blessée lorsque celle-ci fréquente Henrik.
Je comprends bien évidemment que le réalisateur doive faire des choix scénaristiques entraînant l’abandon de certains passages du texte original et demandant l’adaptation, voire la transformation, de l’histoire, mais j’ai été en partie déçue par cette vision négativement chargée de la cohabitation de Lili et Gerda. Einar apparaît rapidement comme égoïste, puisque ne respectant pas la demande de sa femme de ne plus faire apparaître Lili, au détriment de l’incroyable complicité et de l’immense amour qui dominent sans cesse dans les relations entre Einar, Lili et Gerda dans le livre, et qui permettent aisément de comprendre comment et pourquoi tout se passe finalement assez naturellement malgré la difficulté de la situation.

A côté de ça, je n’ai rien à reprocher à cette adaptation, bien au contraire. Le déroulement chronologique du récit est respecté, on retrouve bien les 4 étapes principales du cheminement du couple ( d’abord au Danemark, puis en France, en Allemagne et enfin de retour au Danemark ), et, grâce à l’incroyable interprétation d’Eddie Redmayne, criante de vérité, on comprend facilement ce que traversent les personnages.
L’attention portée aux détails, notamment aux sensations que provoque chez Einar le contact avec des vêtements féminins ( entre autre ), rend les choses extrêmement concrètes, quasi palpables, au point de rendre le trouble du peintre accessible. De plus, le fait que, comme dans le roman, l’accent soit mis sur la grande complicité/amitié qui unit le couple, et que le peu de cas que Gerda fait des convenances soit souligné, permet de donner des ébauches d’explications quant au fait que, ce qui aurait été une catastrophe humaine et sociale chez d’autres ( surtout pour l’époque ), est vécu par les personnages comme une ( presque ) évidence.
J’ai aussi apprécié que le parcours médical d’Einar soit fidèlement retranscrit. On prend conscience de la difficulté qu’il a à se faire comprendre et de la douleur que cela représente pour lui de ne trouver aucune solution à son état. Le jugement du corps médical ne faisant qu’ajouter au mal-être qui est le sien, directement lié à la vie quasi schizophrénique que lui impose la cohabitation d’Einar et Lili dans un même corps. On comprend aussi que, une fois Lili révélée, celle-ci prend de plus en plus de place dans sa vie, sa tête et son apparence et que, malgré lui, malgré son envie de blesser Gerda le moins possible, elle s’impose et relègue son pendant masculin au second plan. L’aspect irrépressible de la situation/transformation devient concret et, là encore, plus facilement compréhensible pour le spectateur lambda. Il n’est pas question de choix, ni d’envie, ni même de goût ou d’inclination, il s’agit d’une évidence, d’une intime conviction qui, lorsque la prise de conscience a eu lieu, ne souffre aucun obstacle pour que l’esprit soit en accord avec l’apparence physique.
La mise en image de cet aspect des choses permet de mieux appréhender les choix finaux de Lili, à savoir subir autant d’opérations que possible pour enfin devenir qui elle a toujours été, quitte à mettre sa vie en jeu. Mourir en étant pleinement soi-même paraît en effet préférable à une (sur)vie de mensonge et de souffrance.

C’est donc un très beau film, plutôt fidèle au roman, qui met en lumière le destin exceptionnel de celui qui, au mépris des convenances et de l’image extrêmement négative que les médecins qui ont croisé sa route lui ont renvoyée, est allé au bout de lui-même pour devenir celle qu’il avait en fait toujours été.
Je pense que c’est une adaptation qui peut aider à faire avancer les mentalités qui, 85 ans après ( et contrairement à la prise en charge médicale des personnes transgenres ), n’ont malheureusement pas encore assez évoluées.
A voir donc, et à méditer…

[ pour approfondir le sujet, si ça vous intéresse, je vous conseille vivement ce numéro du magazine « Toute une histoire » consacré au parcours de Jean-Pierre, ancien reporter de guerre, qui, après 50 ans de souffrance cachée, est enfin devenue Mathilde. Son histoire fait directement écho à celle d’Einar/Lili: http://www.france2.fr/emissions/toute-une-histoire/diffusions/22-02-2016_461550 ]

Complications adolescentes

Ces derniers temps, j’ai ressenti l’irrépressible envie de dévorer du teen movie.
Alors oui, à 33 ans ça peut paraître bizarre, mais il se trouve que je suis toujours très connectée à l’adolescente que j’ai été il n’y a pas si longtemps ( enfin si, ça commence à dater quand même mine de rien… ) et que je suis souvent touchée par ces films qui s’intéressent à ces plus-vraiment-enfants et pas-encore-adultes.
Je suis donc partie en quête de films qui valent le détour et j’en ai déniché 3 qui, dans des styles très différents, m’ont fait passer un bon moment et m’ont ramenée quelques années en arrière.

J’ai donc vu:

  • « The First Time »

( bande-annonce visible en cliquant sur l’affiche )

Dave, un lycéen timide, est amoureux d’une fille superficielle qui ne voit en lui que son meilleur confident. Aubrey, lycéenne sensible qui apprécie les arts plastiques, flirte avec un musicien plutôt égocentrique. Dave et Aubrey se rencontrent par hasard à une fête et s’aperçoivent qu’ils peuvent dialoguer comme ils ne l’ont encore jamais fait avec personne. Cette découverte modifie leurs sentiments, et les amène à reconsidérer leurs choix, ce qui est perturbant pour eux comme pour leur entourage. D’autant que tout se joue en un week-end.

Au casting, le désormais célèbre Dylan O’Brien – que j’ai découvert dans « Teen Wolf » – et celle qui partage sa vie depuis ce tournage, Britt Robertson.
Bon, je suis d’accord, le titre ne fait pas rêver et, à priori, le pitch non plus. Mais, même si le film traite effectivement d’un sujet maintes fois abordé, il le fait intelligemment et avec beaucoup de finesse.
L’histoire d’amour, évidemment prévisible puisqu’elle est au cœur de l’intrigue, est parfaitement jouée par les acteurs ( et pour cause, ils sont tombés amoureux durant le tournage – difficile de faire plus crédible ) et, contrairement à ce que l’on pourrait penser, tout n’est pas rose. Les personnages se confrontent en effet à la difficulté de démarrer une nouvelle histoire et, surtout, de partager une intimité sexuelle. Pas si simple parfois de s’accorder physiquement quand on ne se connait que depuis quelques jours, même si l’attraction est particulièrement forte.
Et ce traitement réaliste des amours adolescentes fait toute la force du film ( en plus du duo d’acteurs ).
J’ai donc beaucoup aimé, j’ai ri, j’ai été émue, et je me suis laissée porter par l’excellente bande son qui accompagne l’histoire.

  • « The diary of a teenage girl »

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Dans les années 70 à San Francisco, une adolescente accro au dessin a une aventure avec le petit ami de sa mère.

Au casting, les excellents Kristen Wiig – que j’ai beaucoup aimée dans « Mes meilleurs amies » – et Alexander Skarsgård – qui m’a fait craquer dans « True blood » – et, dans le rôle principale, l’incroyable Bel Powley.
Le résumé est ultra réduit et, pour le coup, ultra réducteur, mais il ne faut pas s’y fier. Le film relate les aventures d’une ado qui, coincée entre une mère immature et le rêve inaccessible de devenir dessinatrice professionnelle, se retrouve projetée dans la vie d’adulte en entamant une relation avec celui qui lui sert de beau-père. Le tout dans une atmosphère de liberté et d’excès fidèle aux années 70.
Je dois avant tout souligner la forme du film qui se démarque par son originalité. Les dessins de l’héroïne prennent en effet vie sur l’écran et l’accompagnent dans ses pérégrinations. Mais le fond n’est pas en reste, loin de là, puisque l’adolescence et ses périls sont ici traités de façon on ne peut plus sérieuse. Si Minnie est, dans les premiers temps de son aventure avec le compagnon de sa mère, sur un petit nuage, la réalité reprend vite ses droits et elle doit faire face à des problèmes d’adultes bien lourds pour ses frêles épaules d’ado insouciante. Elle multiplie les expériences en tous genres, navigue à vue dans cette nouvelle vie semée d’embûches et, finalement, se construit et apprend à s’aimer.
C’est un film fort, parfois sombre, adapté du roman en grande partie autobiographique de Phoebe Glockner, « Vite, trop vite », paru en France chez Monsieur Toussaint Louverture.

  • « The art of getting by » ( Le jour où je l’ai rencontrée )

( bande-annonce visible en cliquant sur l’affiche )

La fin de l’année de terminale approche. Jusque-là, George a réussi à s’en sortir sans jamais réellement travailler. Un jour, il vole au secours d’une des filles les plus jolies et les plus populaires de l’école en se dénonçant à sa place. Sally commence alors à s’intéresser à lui et, finalement, devient sa meilleure amie. George en tombe bientôt amoureux, sans réussir à avouer ses sentiments.
Sally offre à George un refuge face à la médiocrité du lycée et à l’insécurité de son foyer. Mais tandis que la fin de l’année se profile, le proviseur lance un ultimatum au jeune homme et cette fois, son talent pour s’en sortir sans rien faire ne suffira pas…

Au casting, un jeune acteur que j’aime beaucoup, Freddie Highmore, et Emma Roberts.
Là aussi, au vu du pitch, on sent poindre les traditionnels clichés du genre. L’ado intelligent mais pas très sociable qui tombe amoureux de la fille la plus populaire du lycée c’est du déjà vu. Oui, bien sûr, mais pas comme ça.
Georges est un garçon extrêmement intelligent, passionné de dessin, que le passage de l’enfance à l’adolescence a laissé totalement désabusé. Hanté par la perspective de la mort, il ne trouve aucun intérêt à travailler au lycée et ne s’investit dans rien, pas même les relations sociales avec ses camarades. Sa rencontre avec Sally va tout changer, pour le meilleur et pour le pire.
Je dois avouer que les préoccupations philosophiques de George m’ont interpellée. Je me souviens avoir moi aussi pris en plein figure la finitude de l’Homme et avoir eu du mal à digérer la nouvelle ( ce n’est d’ailleurs pas totalement réglé ). A un âge où il est censé vivre sans se préoccuper de l’avenir, en toute insouciance, il se retrouve paralysé et passe finalement à côté de sa vie d’ado et, autour de lui, personne ne semble comprendre ce qu’il vit. Il est en total décalage avec son environnement. Et même quand il tombe amoureux de Sally, il échoue dans sa tentative d’être en phase avec elle.
Et c’est justement cette incarnation de l’ado mal dans sa peau que j’ai appréciée. ça va bien plus loin que les seuls soucis d’hormones et de rébellion face à l’autorité, qui sont traditionnellement évoqués, et c’est finement abordé.

Never let me go

Hier soir, faute de programme valable à la télé, je suis partie en quête d’un bon film à visionner et, après pas mal d’hésitation, mon choix s’est porté sur « Never let me go » de Mark Romanek.

( bande annonce visible en cliquant sur l’affiche )

J’en avais vaguement entendu parler mais c’est surtout le casting qui m’a convaincue. On y trouve en effet trois très bons acteurs: Keira Knightley, Andrew Garfield et – une de mes actrices favorites – Carey Mulligan. C’est cette dernière qui interprète le personnage principal, Kathy.

Kathy, Ruth et Tommy grandissent ensemble au sein d’une institution privée, Hailsham, dirigée par l’énigmatique Miss Emily ( interprétée par Charlotte Rampling ). Leurs journées ressemblent à celles de tous les jeunes écoliers, partagées entre les cours et les jeux, jusqu’à ce qu’une nouvelle venue dans l’équipe encadrante, Miss Lucy, leur dévoile la vérité sur leurs origines et leur avenir. Dés lors, rien n’est plus pareil, leur insouciance s’envole et leur amitié est mise à mal.

Le film tourne autour du personnage de Kathy; on fait sa connaissance alors qu’elle a 28 ans et qu’elle se remémore les jours heureux passés à Hailsham. Elle repense surtout à ce qui la liait à Ruth et Tommy.
A la fin des années 60, tous trois sont d’insouciants élèves de 4e année. Attentifs aux discours inspirants de Miss Emily, qui met l’accent sur l’importance de conserver un corps sain et sur le fait qu’ils sont des êtres à part, ils ont confiance en l’avenir et se laissent porter par leur quotidien.
Kathy, amie depuis toujours avec Ruth, se rapproche peu à peu de Tommy, que les autres élèves mettent à l’écart parce qu’il n’excelle ni en sport ni en arts plastiques, et un lien fort se noue entre eux.
Tout semble aller pour le mieux jusqu’à l’arrivée à Hailsham de Miss Lucy, une nouvelle enseignante, qui s’étonne très vite de la docilité des enfants et de leur naïveté. N’y tenant plus, elle profite un jour de l’un de ses cours pour leur dévoiler toute la vérité. Une vérité violente et sombre. Tous les élèves ne sont en fait que des clones, tenus à l’écart du monde dans l’enceinte de l’institution et destinés, lorsqu’ils auront atteint l’âge requis, à faire don de certains de leurs organes pour sauver la vie de riches inconnus. Ils n’intégreront jamais la société et n’ont donc aucun avenir sinon celui de servir de pièces de rechange.
L’annonce, à laquelle aucun d’entre eux ne s’attendaient, remet tout en question, y compris, et surtout, l’amitié entre Kathy, Ruth et Tommy. En effet, alors que Kathy perd sa joie de vivre et se met à l’écart, Ruth en profite pour mettre la main sur le cœur de Tommy.
Les années passent, tous trois quittent Hailsham et, après avoir passé quelques années à attendre d’être assez âgés dans un centre perdu en pleine campagne, chacun se voit confier une mission: Kathy officie en tant qu’accompagnante ( elle adoucie les vie des donneurs ) alors que Ruth et Tommy, désormais séparés, occupent pleinement leur fonction de donneurs. Rien ne semble pouvoir les réunir sinon les hasards de la vie…

Alors… comment vous parler de ce film?
D’apparence classique, c’est en fait un film d’anticipation dont le propos qui sert de toile de fond à l’intrigue relève de la science fiction. Le monde qui nous est présenté ressemble en tous points au notre sauf que le clonage humain y a court depuis de nombreuses années ( depuis les années 50 exactement ). Des enfants clonés voient le jour et son élevés au sein d’établissements privés, volontairement maintenus dans l’ignorance et à l’écart du monde. Éduqués alors qu’ils n’ont aucun avenir, ils n’ont pour seul intérêt aux yeux de la société que de posséder des organes de rechange pour de riches personnes ayant de graves problèmes de santé. Grâce à eux, exit le cancer et toutes les autres maladies mortelles, l’espérance de vie atteint désormais aisément la centaine d’années.
Mais le film évite intelligemment de montrer l’aspect scientifique des choses. Le clonage n’est jamais dévoilé, ni clairement nommé, il n’est que suggéré. Et c’est là toute sa force. L’accent n’est pas mis sur l’aspect science fiction de l’histoire mais bien sur l’aspect humain des choses. Ce qui nous intéresse c’est l’amitié entre Ruth et Kathy,  l’amour que cette dernière porte à Tommy et, bien sûr, l’impact que la vérité a eu sur leur destinée.
« Never let me go » parle donc de relations humaines mais aussi, et surtout, de la Vie ( oui, avec un grand V ). Quelle vie peut-on espérer avoir quand on est maintenu à l’écart de tout? Quand on est en sursis? Quand l’ombre de la mort plane au dessus de nous? Vaut-il mieux vivre peu ou être en vie longtemps? Quel est le prix de la vie?… Autant de questions qui surgissent au fur et à mesure que l’histoire de Ruth, Kathy et Tommy se déroule sous nos yeux, chacun des personnages avançant inéluctablement vers le chapitre final de son existence.

Ce film conte un récit cruel qui nous touche en plein cœur et qui nous prend aux tripes. Sous couvert de dénoncer les travers de la course à l’immortalité, et les dangers des progrès scientifiques sans cesse repoussés, il cherche à nous faire prendre conscience de l’importance de la vie, de son caractère éphémère, et donc de l’urgence qu’il y a à vivre pleinement chaque moment comme si c’était le dernier. Trop de personnes attendent justement d’être en sursis pour oser, pour aimer, pour faire des expériences… pour vivre et se sentir vivants. On pense trop souvent à tort que l’on a le temps, mais que ferions-nous s’il nous était compté? Quels seraient nos choix?

Bref, tout ceci est un peu brouillon – et j’aurais aimé faire beaucoup mieux tant ce film m’a bouleversée-, mais je ne peux que vous conseiller de voir « Never let me go » ( ou de lire le roman dont il est tiré: « Auprès de moi toujours » de Kazuo Ishiguro ). Alors n’attendez pas, foncez!