The Danish Girl

Après avoir lu, et beaucoup aimé, le livre de David Ebershoff « Danish Girl », je viens enfin de voir le film du même nom de Tom Hooper.

( bande-annonce visible en cliquant sur l’affiche )

Le film est une fidèle adaptation du roman avec, en tête d’affiche, Alicia Vikander dans le rôle de Gerda Wegener et Eddie Redmayne dans celui de son mari, Einar.

Pour ceux qui seraient passés à côté, le résumé ( celui du livre en l’occurrence, plus complet ): « À Copenhague en 1925 Einar Wegener et Greta Waud, son épouse, forment un couple étonnant. Lui, peintre paysagiste reconnu, petit, délicat, est discret jusqu’à l’effacement. Elle, peintre également, est grande, américaine, blonde et issue d’une famille riche. Tous deux s’harmonisent étrangement jusqu’au jour où Greta, en l’absence de son modèle féminin, demande à son mari d’enfiler une paire de bas. De cette demande et du trouble qu’il en advient va naître Lili, qui petit à petit prendra le dessus sur celui qui l’a engendrée comme par inadvertance. Einar se sent femme. Il ne se déguise pas, ne joue pas. Il est celle qui peut tomber amoureuse, et désire donner la vie. Il sera le premier homme, en pleine montée du nazisme, à souhaiter physiquement changer de sexe. »

Je ne vais évidemment pas vous répéter tout ce que j’ai déjà dit ici, dans ma chronique sur le roman, puisque ça vaut aussi pour son adaptation cinématographique.

Le film en lui-même est superbe de bout en bout. La lumière, les couleurs et la photographie, magnifiques, sont particulièrement travaillées et mettent parfaitement en valeur l’excellentissime jeu d’Eddie Redmayne.
Dés le début, le réalisateur fait le choix de porter son attention sur de petits détails qui, accumulés, mettent subtilement le spectateur sur la voie. La caméra se focalise en effet régulièrement sur ce qui, dans l’environnement d’Einar, évoque sa particularité: ce qui peut passer pour une profonde admiration vouée aux femmes, et qui l’est en partie – forcément-, se révèle rapidement être une réelle attirance pour l’univers féminin. Chaque confrontation directe étant pour le peintre une occasion de se rapprocher de ce qu’il aspire secrètement à être ( et dont il n’a pas encore conscience ): ramasser un délicat caraco de Gerda laissé à l’abandon sur le sol, l’aider à rectifier son maquillage, la regarder à la dérobée délacer ses bottines… Autant de petits gestes en apparence anodins qui sont en fait lourds de sens.

Contrairement au livre, qui met en avant le fait que, bien que très amoureux et complices, Gerda et Einar ne sont pas en phase sexuellement, le film met l’accent sur une grande connivence physique entre les époux. C’est un choix narratif comme un autre mais, personnellement, je trouve que ça induit le spectateur en erreur. L’arrivée de Lili au sein de foyer apparait en effet du coup comme une menace, d’autant plus que Gerda se révèle rapidement être jalouse, et la tension dramatique domine. Le couple semble perdre quelque chose d’important lorsqu’Einar commence à refuser à sa femme les moments d’intimité qu’elle réclame, alors que dans la version écrite, la présence de Lili est vécue comme une joie malgré ce désagrément.
Gerda est l’instigatrice de la transformation physique de son mari en Lili. C’est elle qui provoque, involontairement, son apparition, et c’est elle qui entraîne son mari dans son jeu de faux semblants. Mais, là où dans le roman elle réagit positivement aux allées et venues de plus en plus fréquentes de Lili dans l’appartement conjugal et même à ses sorties en ville, dans le film, elle réagit violemment aux envies de liberté de sa créature et se montre particulièrement jalouse et blessée lorsque celle-ci fréquente Henrik.
Je comprends bien évidemment que le réalisateur doive faire des choix scénaristiques entraînant l’abandon de certains passages du texte original et demandant l’adaptation, voire la transformation, de l’histoire, mais j’ai été en partie déçue par cette vision négativement chargée de la cohabitation de Lili et Gerda. Einar apparaît rapidement comme égoïste, puisque ne respectant pas la demande de sa femme de ne plus faire apparaître Lili, au détriment de l’incroyable complicité et de l’immense amour qui dominent sans cesse dans les relations entre Einar, Lili et Gerda dans le livre, et qui permettent aisément de comprendre comment et pourquoi tout se passe finalement assez naturellement malgré la difficulté de la situation.

A côté de ça, je n’ai rien à reprocher à cette adaptation, bien au contraire. Le déroulement chronologique du récit est respecté, on retrouve bien les 4 étapes principales du cheminement du couple ( d’abord au Danemark, puis en France, en Allemagne et enfin de retour au Danemark ), et, grâce à l’incroyable interprétation d’Eddie Redmayne, criante de vérité, on comprend facilement ce que traversent les personnages.
L’attention portée aux détails, notamment aux sensations que provoque chez Einar le contact avec des vêtements féminins ( entre autre ), rend les choses extrêmement concrètes, quasi palpables, au point de rendre le trouble du peintre accessible. De plus, le fait que, comme dans le roman, l’accent soit mis sur la grande complicité/amitié qui unit le couple, et que le peu de cas que Gerda fait des convenances soit souligné, permet de donner des ébauches d’explications quant au fait que, ce qui aurait été une catastrophe humaine et sociale chez d’autres ( surtout pour l’époque ), est vécu par les personnages comme une ( presque ) évidence.
J’ai aussi apprécié que le parcours médical d’Einar soit fidèlement retranscrit. On prend conscience de la difficulté qu’il a à se faire comprendre et de la douleur que cela représente pour lui de ne trouver aucune solution à son état. Le jugement du corps médical ne faisant qu’ajouter au mal-être qui est le sien, directement lié à la vie quasi schizophrénique que lui impose la cohabitation d’Einar et Lili dans un même corps. On comprend aussi que, une fois Lili révélée, celle-ci prend de plus en plus de place dans sa vie, sa tête et son apparence et que, malgré lui, malgré son envie de blesser Gerda le moins possible, elle s’impose et relègue son pendant masculin au second plan. L’aspect irrépressible de la situation/transformation devient concret et, là encore, plus facilement compréhensible pour le spectateur lambda. Il n’est pas question de choix, ni d’envie, ni même de goût ou d’inclination, il s’agit d’une évidence, d’une intime conviction qui, lorsque la prise de conscience a eu lieu, ne souffre aucun obstacle pour que l’esprit soit en accord avec l’apparence physique.
La mise en image de cet aspect des choses permet de mieux appréhender les choix finaux de Lili, à savoir subir autant d’opérations que possible pour enfin devenir qui elle a toujours été, quitte à mettre sa vie en jeu. Mourir en étant pleinement soi-même paraît en effet préférable à une (sur)vie de mensonge et de souffrance.

C’est donc un très beau film, plutôt fidèle au roman, qui met en lumière le destin exceptionnel de celui qui, au mépris des convenances et de l’image extrêmement négative que les médecins qui ont croisé sa route lui ont renvoyée, est allé au bout de lui-même pour devenir celle qu’il avait en fait toujours été.
Je pense que c’est une adaptation qui peut aider à faire avancer les mentalités qui, 85 ans après ( et contrairement à la prise en charge médicale des personnes transgenres ), n’ont malheureusement pas encore assez évoluées.
A voir donc, et à méditer…

[ pour approfondir le sujet, si ça vous intéresse, je vous conseille vivement ce numéro du magazine « Toute une histoire » consacré au parcours de Jean-Pierre, ancien reporter de guerre, qui, après 50 ans de souffrance cachée, est enfin devenue Mathilde. Son histoire fait directement écho à celle d’Einar/Lili: http://www.france2.fr/emissions/toute-une-histoire/diffusions/22-02-2016_461550 ]

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10 réflexions sur “The Danish Girl

  1. C’est intéressant d’avoir le point de vue de quelqu’un qui a lu le bouquin (depuis je le vois partout à la fnac et les librairies). J’ai vraiment eu du mal avec ce film qui ne m’a pas du tout touchée et qui m’a ennuyée. Pourtant l’interprétation de Redmayne est bonne, même si je trouve son personnage trop éclipsé par Gerda, du coup, pour moi, on passe à côté du véritable sujet. Et effectivement le film est réussi esthétiquement (moi qui rêve d’aller au Danemark en ce moment…).

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    1. Le roman laisse autant de place à chacun des personnages, on connaît autant les états d’âme de Gerda que ceux d’Einar et, personnellement, je trouve que ça apporte beaucoup à l’histoire.
      Mais comme je le dis dans mon article, des coupures sont inévitables quand on adapte un livre à l’écran ( sinon le film durerait facilement 3 ou 4 heures! ), et ça change forcément un peu l’angle de traitement du récit. Ce n’est pas forcément négatif, c’est juste différent 😉

      Aimé par 1 personne

  2. Je n’ai pas vu le film, ni lu le livre. De ce que j’ai pu lire ici et là, les deux se complètent parfaitement. L’un donne du sentiment à l’autre.
    Dès qu’il sort en Vod, je le regarde, et probablement ensuite, je le lirai.

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    1. J’aurais plus tendance à dire que le film est un bon résumé du livre. L’essentiel y est dit et montré, mais le roman pousse la réflexion plus loin et rend les personnages encore plus humains.
      Enfin c’est mon ( humble ) avis 🙂

      J’espère que les deux te plairont 😉

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  3. Moi ce que j’ai adoré dans ce film c’est justement de voir les difficultés que traverse le couple et de voir que, malgré cette situation compliquée, leur amour est toujours présent.
    En plus de la super interprétation de Eddie Redmayne j’ai trouvé que Alicia Vikander est excellente dans son rôle, après peut être que, comme tu l’explique dans ta critique, son personnage ne réagit pas de la même manière à la situation que dans le livre. Bref même si le sujet ne m’emballait pas vraiment j’ai beaucoup aimé!

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    1. Oui, ça reste un très beau film, c’est incontestable.
      C’est toujours délicat de comparer un livre à son adaptation, et chaque critique est très personnelle, mais c’est inévitable, surtout lorsque l’on a vraiment beaucoup aimé le roman 🙂

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      1. Je ne pense pas que je lirai le roman car ce qui m’a attiré a regarder le film ce sont les costumes et les acteurs. Mais bon, qui sait, peut-être que je le lirai un jour!

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