D’une meurtrière quête mystique

Hier j’ai fini de lire « Gun machine » de Warren Ellis.

Gun Machine

Le résumé: « John Tallow et son équipier Jim Rosato sont envoyés dans un immeuble délabré de Pearl Street où un forcené, nu comme un ver, tire sur tout ce qui bouge. Rosato est tué et, de rage, Tallow décharge son flingue sur le meurtrier. Derrière le cadavre, un trou dans le mur d’un appartement. A l’intérieur, une centaine d’armes, fixées sur les murs, du sol au plafond. Toutes, sans exception, correspondent à des crimes non élucidés. Avec cet arsenal sur les bras, Tallow doit essuyer la colère de ses supérieurs et résoudre l’affaire, avec pour seule aide le concours de deux dingues de la police scientifique. Warren Ellis, scénariste de comics reconnu et auteur du cultissime Artères Souterraines, signe ici un come-back étourdissant. »

Il y a des genres littéraires auxquels je suis plutôt réfractaire, et le roman policier en fait partie. Un peu comme pour les romances, j’ai l’impression que l’histoire est forcément cousue de fil blanc. Or je ne déteste rien de plus que de deviner la chute d’un livre avant d’en avoir parcouru les dernières pages.
Mais l’année dernière j’ai reçu en cadeau ( lors d’une commande sur internet ) « Le mystère de la crypte ensorcelée » de Eduardo Mendoza, et je me suis laissée prendre au jeu. ça n’a pas été un coup de cœur mais j’ai assez apprécié pour avoir envie de retenter l’expérience.
Quand je suis tombée sur la quatrième de couverture de « Gun machine », qui évoquait notamment Quentin Tarantino, je n’ai pas longtemps hésité.

Alors que John Tallow, flic désabusé faisant son boulot plus par habitude que par passion, et son coéquipier Jim Rosato, flic débonnaire apprécié de tous, sont appelés dans un vieil immeuble de Manhattan pour mettre fin au tapage d’un locataire qu’une menace d’expulsion a passablement énervé, tout dérape, et l’intervention de routine se transforme en carnage. Jim, que son corps trahit, se prend une balle en pleine tête, et John riposte en abattant l’excité armé. Sans avoir réellement pris conscience de ce qui vient de se passer, Tallow suit son instinct et, attiré par un trou dans la cloison d’un appartement, jette un coup d’œil à l’intérieur et découvre l’impensable. La pièce renferme en effet un butin sans pareil: du sol au plafond, sur les quatre murs, s’étalent des dizaines et des dizaines d’armes, exposées comme autant de trophées.
Dans une fuite en avant visant à ne pas s’écrouler, le policier en qui personne n’a foi – pas même lui -, va se jeter à corps perdu dans une enquête qui s’annonce comme la plus ardue et risquée de sa carrière. Avançant à tâtons, épaulé par deux membres perchés, mais motivés, de la police scientifique, il va mettre à jour une terrible alliance dont l’élément central est un homme en marge de la réalité pour qui chaque meurtre relève de l’expérience mystique.

Le premier mérite de Warren Ellis est de nous plonger d’entrée dans l’action. Le meurtre de Jim Rosato et la découverte de l’appartement interviennent en effet dans les premières pages. Pas le temps de faire connaissance avec les protagonistes, pas le temps non plus de se poser des questions… les balles fusent et l’enquête débute! C’est un choix d’une redoutable efficacité et on reconnaît bien là le talent du scénariste de comics ( Ellis écrit en effet depuis des années pour Marvel ).
John Tallow est un personnage principal convainquant. Bien loin du cliché de l’habituel vieux flic qui se fout de tous et de tout, et qui recourt à des pratiques qui n’ont plus rien à voir avec la légalité et le sens de la morale, il endosse sa solitude, son caractère asocial et son air désabusé avec une certaine dignité. Jusque là porté par son coéquipier, il apprend au fil de l’enquête à agir seul et, surtout, à entrer en interaction avec son entourage. Obligé de travailler avec Scarly et Bat, scientifiques calés mais complètement barrés, il doit malgré lui s’ouvrir aux autres et leur porter un minimum d’intérêt. Plus il avance dans ses découvertes, plus nous, lecteurs, en apprenons sur sa personnalité.
Ses nouveaux coéquipiers de choc sont d’excellents personnages secondaires dont les dialogues pimentés donnent du rythme au récit. Possédant tous deux une personnalité bien marquée et un humour décapant, ils n’hésitent pas à bousculer John et à le faire sortir de sa réserve. Rapidement convaincus par ses talents d’enquêteur, ils sont tout acquis à sa cause et mettent tout en œuvre pour l’aider.

Le deuxième mérite de l’auteur est de livrer un roman policier finalement très visuel. Alimentant notre imaginaire à grands coups de descriptions détaillées et parlantes, il donne à son récit des allures de long métrage. Le développement de l’intrigue, les personnages, le rythme et l’action… tout y est.
Son choix d’un coupable souffrant de maladie mentale et très attaché à l’héritage amérindien de la presqu’île de Manhattan est également bien trouvé. Il nous livre ses pensées et ses habitudes dés le début du livre, en parallèle de celles de Tallow, la distance entre les deux se réduisant au fur et à mesure que l’enquête progresse. Il en fait un meurtrier attaché au passé, dont chaque acte a un sens profond et qui ne laisse rien au hasard. Tenant tout à la fois du fou, du génie, du serial killer et du collectionneur, il fait jeu égal avec celui qui le traque jusqu’à ce que ses relations de « travail » le perdent.
Le suspens est constant et rien ne laisse présager le dénouement de l’affaire. On avance pas à pas, presque main dans la main, avec John Tallow et ses acolytes.

Ce fut donc une deuxième expérience réussie en matière de roman policier, et j’aurais plaisir à découvrir l’autre titre de Warren Ellis: « Artères souterraines ».
Les droits de « Gun machine » ont été achetés par le cinéma – c’était prévisible -, donc nous devrions pouvoir bientôt retrouver John Tallow sur grand écran.

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2 réflexions sur “D’une meurtrière quête mystique

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