D’une fuite qui brise les apparences

Il y a deux jours j’ai fini « La face cachée de Margo » de John Green, que m’avait gentiment prêté ma nièce ( Justine si tu passes par là… 😉 ).

La face cachée de Margo
Comme beaucoup j’ai évidemment souvent entendu parler de John Green ces derniers mois. Difficile en effet d’échapper au raz-de-marée médiatique dont il est l’objet, notamment depuis le succès de l’adaptation au cinéma de son best-seller « Nos étoiles contraires » ( que j’ai vu et apprécié ) qui a fait coulé autant de larmes que d’encre.
Je n’avais cependant lu aucun de ses romans et, je me dois d’être honnête, j’avais quelques à priori avant d’ouvrir « La face cachée de Margo ». Je pensais que ce n’était qu’un énième bouquin pour ados rempli de clichés, avec plus de forme que de fond, et si on ne me l’avait pas prêté je ne l’aurais sûrement jamais ouvert.

Le résumé pour rappel: « Mar-go-Roth-Spie-gel-man, le nom aux six syllabes qui fait fantasmer Quentin depuis toujours. Alors forcément, quand elle s’introduit dans sa chambre, une nuit, par la fenêtre ouverte, pour l’entraîner dans une expédition vengeresse, il la suit. Mais au lendemain de leur folle nuit blanche, Margo ne se présente pas au lycée, elle a disparu. Quentin saura-t-il décrypter les indices qu’elle lui a laissés pour la retrouver? Plus il s’en approche, plus Margo semble lui échapper… ».

Ce livre a donc pour sujet l’adolescence. Évidemment. Son personnage principal, Quentin ( alias
Q. ), est en terminale et s’apprête à passer son diplôme de fin d’études ( l’équivalent du Bac ). Il mène une petite vie tranquille entre le lycée, où il traîne depuis toujours avec les mêmes amis
( Radar et Ben en tête ), et la maison, où ses parents ( tous les deux psys ) l’entourent d’attentions tout en lui laissant une grande liberté.
Il vit à Orlando, dans un quartier créé de toutes pièces il y a seulement une dizaine d’années, et a pour voisine l’énigmatique et non moins envoutante Margo. Ils ont grandi ensemble, ont été les meilleurs amis du monde durant leur enfance, puis se sont perdus de vue au fil des ans pour finalement ne partager que les mêmes couloirs de lycée. Mais Margo n’a jamais quitté les pensées et le cœur de Quentin, et quand elle vient frapper à sa fenêtre un soir il croit ses rêves devenus réalité.
La jeune fille l’entraîne dans une virée déjantée dans les rues de la ville et la distance qui s’était installée entre eux ces dernières années semble soudain s’évanouir pour laisser place à la complicité d’avant. Margo pousse Quentin à se dépasser, à apprivoiser ses peurs et lui montre, le temps de quelques heures, à quel point il est jouissif de briser les règles et de se sentir vivant.
Mais le lendemain elle ne vient pas en cours. Ni les jours suivants. Et le jeune homme commence à avoir peur de ne jamais la revoir. Perdu, ayant pour seule obsession de la retrouver, il se demande qui est finalement celle qu’il pensait connaître depuis toujours.

Ce roman a donc pour sujet l’adolescence. Normal me direz-vous pour un livre pour ados. Il débute d’ailleurs avec un petit air de déjà vu: un garçon intelligent mais pas vraiment populaire amoureux d’une fille que tous admirent et voient déjà reine du lycée ça n’a rien de très novateur. Mais, car il y a un « mais », John Green va bien plus loin que la seule évocation d’une amourette contrariée.
L’auteur maîtrise pleinement son sujet et aborde l’adolescence avec beaucoup de sensibilité et d’intelligence. Son personnage principal a tout de l’anti héros et on n’a aucun mal à éprouver de la sympathie à son égard. Quentin est en effet un garçon gentil, intelligent mais pas vraiment doué pour les rapports humains, et un peu trop sage. Il aime la routine du quotidien, les heures de cours qui s’égrènent toujours trop lentement et les parties de jeux vidéos avec ses copains, et ses parents ont toute confiance en lui.
Sa relation avec Margo est la seule chose qui dénote dans sa vie. La jeune fille est en effet à mille lieues de lui par bien des aspects. Elle est très à l’aise au lycée, a une myriade d’amis et de camarades qui l’envient et la respectent, elle est belle et a de la répartie, multiplie les fugues et les aventures rocambolesques, mais reste une étrangère aux yeux de ses parents. Elle peut évidemment paraître superficielle et manipulatrice et, au premier abord, Quentin et elle n’ont rien pour les rapprocher.

Il y a cependant un lien fort entre eux deux. Et c’est ce lien qui pousse Quentin a bouleverser ses confortables habitudes pour la retrouver.
Au travers de la quête du jeune homme, John Green aborde habilement les thèmes de l’amitié, de l’amour, de la fin du lycée – cette période de transition vers la vie d’adulte, de la famille et, surtout, des apparences. Parce qu’avec la disparition de Margo, tout ce qui faisait le quotidien de Quentin, tout ce en quoi il croyait, tout ce à quoi il tenait ( son amitié avec Ben et Radar, sa routine, son amour pour Margo depuis l’enfance… ), tout ce qui lui semblait immuable et solide vole en éclat.
Il perd ses repères et prend conscience que la façon dont on perçoit ce/ceux qui nous entoure(nt) est bien souvent faussée. Notre relation au monde et aux autres est on ne peut plus subjective et, par notre manque de recul et notre mauvaise habitude à tout prendre pour acquis, nous nous maintenons nous-même dans l’erreur.
En partant à la recherche de celle qu’il aime Quentin se rend compte qu’il ne la connaît en fait pas si bien qu’il le pensait et qu’il n’a toujours vu en elle que ce qu’il lui arrangeait bien de voir. Il n’a jamais été plus loin que l’image de jeune fille populaire et un brin rebelle qu’elle lui renvoyait.
Il fait l’amère mais constructif constat que pour apprendre à réellement connaître ceux avec lesquels il vit, ses amis notamment, il est nécessaire de faire le deuil de la façon dont il aimerait qu’ils soient et de les accepter tels qu’ils sont vraiment, avec leurs qualités et leurs défauts.
Sa quête, bien plus qu’un simple road trip entre amis, est avant tout un voyage initiatique: en cherchant par tous les moyens à retrouver Margo il part en fait à la rencontre de lui-même.

John Green pulvérise donc avec talent les codes et clichés du roman pour ados. Comme j’ai pu le lire sur le net: bien que se lisant aisément, « La face de Margo » n’est en rien de la littérature facile. C’est un livre agréable, avec un style simple mais efficace, et – ce n’est pas rien – qui a le mérite de faire réfléchir.

Il me tarde maintenant de voir ce que son adaptation donne sur grand écran.

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16 réflexions sur “D’une fuite qui brise les apparences

  1. Je n’ai pas encore tenté de roman de l’auteur je l’avoue mais c’est vrai que je suis curieuse d’en découvrir un ! Celui ci a l’air vraiment intéressant.

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  2. un livre que j’aimerais beaucoup découvrir surtout que j’aime beaucoup Qui es tu Alaska (mais j’avais pas trop accroché à Nos étoiles contraires). A tenter alors surtout après avoir lu un aussi joli avis (qui s’additionne à d’autres critiques élogieuses que j’ai déjà lu).

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  3. Alors bizarrement, moi qui aime tant cet auteur (y compris Qui es tu Alaska), j’ai absolument détesté ce titre… Je me suis ennuyée comme rarement. Cette Margo m’a été furieusement antipathique, et finalement son voisin amoureux aussi… Bref à part les potes qui l’accompagnent dans la partie road trip (si looooooooooooooooooooooooo-oui-ngue) je n’ai pas du tout accroché aux personnages. Un peu difficile alors de s’intéresser à leurs aventures. Tout m’a semblé faux, cliché, peu sincère. Sans doute mon amour pour les précédents livres de l’auteur m’ont rendue très sévère envers celui-ci : j’attendais beaucoup. 😉

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  4. Alors là tu me donnes très envie de découvrir l’auteur, j’ai Nos étoiles contraires dans ma PAL et j’ai désormais envie de lire celui-ci ! J’aime lorsque ce n’est pas trop simple, et là je sens que je pourrai accrocher =)

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  5. C’est une très jolie chronique, il faut le dire !
    C’est vrai que ce livre a fait, lui aussi, couler beaucoup d’encre. L’adaptation n’en parlons pas. John Green est très apprécié, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais, je ne pense pas le lire – peut-être verrais-je le film. Les sujets peuvent être très intéressants, mais quelque chose m’empêche d’y aller. À tort, peut-être.

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    1. A tort? Non, je ne pense pas, à chaque lecteur ses livres et inversement 😉

      Merci pour le compliment, ça me touche, d’autant plus que j’ai eu du mal à mettre mes idées en ordre. J’avais pas mal de choses à dire mais c’était assez brouillon dans mon esprit ^^

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  6. J’ai lu Qui es-tu Alaska qui semble similaire du point de vue de l’intrigue. Et comme je me suis ennuyée, je ne pense pas renouveler l’expérience. Peut-être regarderai-je le film un jour !

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    1. Je comprends aisément que l’on puisse ne pas apprécier ( je me suis d’ailleurs dit que je ne lirais très probablement pas « Qui es-tu Alaska », justement parce que ça a l’air trop proche ), mais j’ai quand même été agréablement surprise 🙂

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