Du lien ténu entre l’amour et la haine

Hier j’ai fini de lire « Les hauts de Hurle-Vent » d’Emily Brontë, classique des classiques de la littérature Anglaise s’il en est.

Les hauts

( elle déchire mon édition non?! ^^ J’avais trouvé cet exemplaire dans la cour de mon immeuble lorsque je vivais à Paris, le jour de mon anniversaire )

Le résumé pour rappel: « Les Hauts de Hurle-Vent sont des terres balayées par les vents du nord. Une famille y vivait, heureuse, quand un jeune bohémien attira le malheur. Mr. Earnshaw avait adopté et aimé Heathcliff. Mais ses enfants l’ont méprisé. Cachant son amour pour Catherine, la fille de son bienfaiteur, Heathcliff prépare une vengeance diabolique. Il s’approprie la fortune de la famille et réduit les héritiers en esclavage. La malédiction pèsera sur toute la descendance jusqu’au jour où la fille de Catherine aimera à son tour un être misérable et fruste. »

Comme beaucoup je connaissais ce monument de la littérature de nom mais je n’en avais encore jamais parcouru les quelques 441 pages et je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre.

« Les hauts de Hurle-Vent » ( que l’on orthographie aussi « Hurlevent » ) est avant tout un roman d’amour, mais d’un amour non concrétisé. De cette frustration, vécue comme une profonde trahison, naît la plus terrible des haines, aussi sombre et intense que les yeux de celui en qui elle est ancrée.
Dans les landes du cœur de l’Angleterre, dans un paysage quasi monacal où la nature règne en maître, vivent en quasi huis-clos deux familles: les Linton et les Earnshaw. Les premiers résident à Trushcross Grange, une agréable bâtisse où la vie est douce, les seconds occupent Wuthering Heights, une maison rustique à la merci des vents. Leurs existences se passent sans heurts, suivant deux routes parallèles que rien ne semble pouvoir perturber… jusqu’au jour où Mr Earnshaw, déjà père du jeune Hindley et de sa sœur Catherine, ramène d’un voyage un obscur enfant dont personne ne sait rien: Heathcliff. Par son geste, et sans s’en rendre compte, le maître des Hauts ne fait rien d’autre qu’introduire un grain de sable dans un rouage jusque là parfaitement graissé, ni plus ni moins qu’amener le loup dans la bergerie.

Le roman tourne évidemment autour de ce nouveau venu et de la violence de ses sentiments.
Garçon à la peau et au regard sombres, Heathcliff se lie d’amitié avec Catherine, chacun trouvant dans l’autre son alter ego. Les années passent et rien ne semble pouvoir les séparer jusqu’à ce que la jeune femme découvre un autre monde que le sien, à quelques miles de tout ce qu’elle a toujours connu: chez les Linton. Alors séparée de son compagnon de jeux contre son gré, la jeune fille devient femme et pose un nouveau regard sur ce qui faisait son quotidien, Heathcliff y compris. Désormais consciente de tout ce qui les sépare, et pourtant pleinement attachée à ce qui les unit – l’amitié ayant naturellement laissé place à un ardent amour, elle s’éloigne au point d’en choisir un autre comme époux, un homme en tout différent de celui qui a grandit à ses côtés.
Ce geste, incompris d’Heathcliff et de la plus proche confidente de Catherine, Helen – sa domestique, est celui qui met le feu au poudre et fait franchir au jeune homme, sauvage et incertain à l’image de la terre qu’il aime arpenter, la fine frontière entre l’amour et la haine. Il n’aura désormais de cesse de se venger de celle en qui il avait confiance et de faire payer à tous ceux qui l’approchent la proximité qu’elle lui a toujours refusée.

« Les hauts de Hurle-Vent » est donc un roman empreint d’humanité, dans ce qu’elle a de plus torturé et de plus noir. C’est un texte intense, violent parfois, et addictif malgré un début un peu rébarbatif ( et le fait que certains personnages portent le même nom ) qui, c’est certain, ne peut laisser indifférent. Le procédé de mise en abîme utilisé par Emily Brontë – il s’agit en effet d’un récit imbriqué dans un récit – rend le tout très vivant et on se laisse peu à peu prendre à la manière d’un feuilleton à épisodes.
Le paysage y tient une place importante puisqu’intimement lié aux sentiments qui agitent ceux qui l’habitent. Tantôt calme, agréable et rassurant il se fait par moments inquiétant et hostile. Il est à lui seul un personnage . On sent à quel point l’auteure a été inspirée par les lieux de son enfance, de son Yorkshire natal, et on est surpris par ce que cette jeune femme qui, comme ses personnages au début de l’histoire n’a rien connu d’autre durant sa vie que les proches alentours de sa maison familiale, a fait surgir de son imagination. Notamment par la noirceur de son histoire et la profondeur avec laquelle elle a travaillé la psychologie de ses personnages principaux.

Bref, ça a été une très bonne surprise et je ne peux que vous le conseiller.
Ce livre m’a même donné envie de visionner l’adaptation qui en a été faite en 2011 par Andrea Arnold, qui a l’air sublime et particulièrement fidèle au roman.

( cliquez sur l’affiche pour voir la bande annonce )

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18 réflexions sur “Du lien ténu entre l’amour et la haine

  1. Mouahahah, c’est vrai qu’elle déchire ton édition :p Je suis contente d’avoir lu ce roman, tout comme toi. Mais ce n’est pas celui que j’ai préféré dans la catégorie classique anglais. Ma préférence va à Orgueil et Préjugés ❤

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    1. J’ai vu le film, avec Keira Knightley, mais je n’ai pas lu le livre. J’ai pas mal de lacunes en ce qui concerne la littérature anglaise du XIXe siècle…

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  2. J’adore comment tu as trouvé ce livre, comme un cadeau tombé du ciel =)
    J’ai depuis longtemps très envie de lire ce roman, et ton avis me donne encore plus envie de me plonger dans ses paysage et ses sentiments violents.

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    1. Oui, je ne m’en souvenais plus ( ça m’est revenu en lisant la petite inscription que je mets toujours sur la page de garde des livres que j’acquiers ) mais je l’ai effectivement trouvé par hasard.
      Je pensais bizarrement l’avoir déjà lu, et du coup en faire une relecture, mais je me trompais.

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  3. Quel programme! J’ai lu Jane Eyre de sa soeur, et il me semblait avoir lu Les hauts de Hurlevent quand j’etais ado, mais j’ai un doute… L’histoire ne me dit rien!
    En tout cas la bande annonce est magnifique… et flippante!

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    1. J’essaierai de visionner le film prochainement, ce que j’en perçois dans la bande annonce me fait vraiment envie.
      Je fais partie des rares personnes qui n’ont jamais lu « Jane Eyre », je l’avoue… 😛

      Aimé par 1 personne

      1. C’est pas super gai non plus, Jane Eyre! Mais j’aime bien, et puis il y a un film avec Charlotte Gainsbourg qui est vraiment chouette aussi.

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        1. Je l’ai vu oui, et une autre adaptation Anglaise si je me souviens bien ( que j’ai beaucoup aimées toutes les deux d’ailleurs ).
          En tous cas on peut dire que les sœurs Brontë avaient une sacrée imagination! ^^

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  4. C’est une chronique très intéressante, et je suis contente que tu aies apprécié cette lecture. Pour ma part, j’en garde de mauvais souvenirs… Il fait partie des livres que j’ai abandonné. :/

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    1. ça ne m’étonne pas, j’ai moi-même hésité dans la première partie du récit,mais je suis contente d’avoir poursuivi.
      De toute façon l’appréciation d’une lecture est très personnelle; chacun reçoit le même livre différemment, c’est normal.

      Aimé par 1 personne

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