De la langue française

Comme vous le savez en ce moment je lis « L’Éducation Sentimentale » de Gustave Flaubert.
Autant être honnête: c’est long et plutôt fastidieux. Et, pour couronner le tout, l’édition que j’ai reçue ( et qui m’a été offerte ) est imprimée en minuscules caractères. J’en suis donc à peu près à la moitié, soit 250 pages. J’hésite encore à poursuivre ou lâcher l’affaire…
Bref, ce n’est pas le sujet.
Cette lecture m’a fait réfléchir à l’évolution de la langue française. Le texte de Flaubert, auteur classique reconnu s’il en est, est on ne peut plus riche et, au fil des pages et des descriptions flirtant avec la poésie, je me suis questionnée sur les raisons qui font que certains mots et expressions disparaissent de notre vocabulaire. J’ai eu l’impression désagréable que notre façon de parler et d’écrire actuelle avait grandement perdu en charme et en profondeur, notamment en ce qui concerne les choses de l’amour ( puisque c’est quand même de ça qu’il s’agit à la base dans le roman ).

Un exemple de citation:
« Elle souriait quelques fois, arrêtant sur lui ses yeux, une minute. Alors, il sentait ses regards pénétrer son âme, comme ces grands rayons de soleil qui descendent jusqu’au fond de l’eau. Il l’aimait sans arrières-pensées, sans espoir de retour, absolument; et, dans ces muets transports, pareil à ces élans de reconnaissance, il aurait voulu couvrir son front d’une pluie de baisers.
Cependant, un souffle intérieur l’enlevait comme hors de lui; c’était une envie de se sacrifier, un besoin de dévouement immédiat, et d’autant plus fort qu’il ne pouvait l’assouvir. »

( notez l’usage du point-virgule… qui l’utilise encore de nos jours en dehors des écrivains? Et qui peut dire, du premier coup sans se tromper, comment il s’utilise d’ailleurs? )

A côté des « j’te kiffe » ou « t’es trop bonne » actuels ça a quand même meilleure allure!
Que d’anciens mots désignant des objets/actions/lieux disparus soient retirés du dictionnaire ça je peux comprendre aisément ( par exemple en ce qui concerne l’habillement ou les transports ), mais que certains mots et expressions s’éteignent peu à peu parce que remplacés par d’autres, plus modernes – et souvent moins jolis à l’oreille et moins riches de sens, j’ai un peu plus de mal à le saisir et je trouve ça dommage.
Je prends pour exemple deux verbes aujourd’hui absents de notre langage mais rencontrés dans le texte de Flaubert: « gourmander » et « folichonner« . Tout un poème à eux seuls! Ils désignent pourtant des actions qui ont toujours cours mais sont malheureusement passés de mode.
Alors, comment ça fonctionne?

Et bien ce travail d’élagage et de modernisation de la langue française est effectué par l’Académie Française. Fondée en 1635, elle a pour mission: « […] de travailler, avec tout le soin et toute la diligence possibles, à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences. ».  Si au départ ça consistait essentiellement à unifier et simplifier la langue, et à en répertorier tous les mots en usage au sein du dictionnaire ( le premier a vu le jour en 1694 ), l’une des actions principales de l’Académie à l’heure actuelle est de préserver le Français, notamment face à l’arrivée massive de l’Anglais dans nos expressions courantes. Elle travaille aussi à faire en sorte que la langue soit le reflet de son époque, d’où la suppression de termes jugés désuets et trop peu usités, disparaissant donc dans les limbes de la mémoire collective ( et dans les pages de la littérature classique ) et étant parfois remplacés par de nouveaux.
Voilà pourquoi, en 2015, au lieu de se faire « gourmander » on se fait timidement « gronder » ou « disputer », ou franchement « réprimander » ( et encore… ) ou « enguirlander », ou encore vulgairement « engueuler » ( « sermonner », « admonester » et « tancer » étant franchement plus proches de la sortie qu’autre chose… ). Mon grand-père paternel me disait « tu vas te faire appeler Julie » quand je faisais une bêtise ^^ ( dont le pendant masculin est apparemment, je le découvre, « se faire appeler Arthur » ).
Et pourquoi au lieu d’aller « folichonner » on va gentiment « s’amuser », romantiquement « batifoler » ou vulgairement « s’éclater » ( « folâtrer » et « baguenauder » étant eux aussi sur le départ, voire même déjà loin ).

Triste non?


( Institut de France, siège de l’Académie Française – source Salon Littéraire )

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16 réflexions sur “De la langue française

    1. J’avoue que j’ai eu un coup de cœur pour « gourmander », ça sonne bien et le côté faux-ami ( puisque, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ça n’a rien à voir avec la gourmandise ) est rigolo.

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  1. J’aime beaucoup ton article, il est très enrichissant et montre que la langue française est d’une richesse sans fin, dommage que certains mots ne soient plus utilisés, car même si ils sont moins modernes, ils donnent un charme désuet justement fort agréable =)

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  2. Jolie sélection de mots oubliés (ou en voie de l’être…) Notre langue est très riche et c’est un des grands plaisirs de la littérature classique que de redécouvrir des tournures vieillies ! Après, je pense que le vrai talent aujourd’hui consiste à sauter d’un registre à l’autre en fonction des circonstances…

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  3. Je suis partagée quant à l’évolution de la langue française. Je suis pour qu’elle évolue mais comme toi, j’ai l’impression qu’on perd parfois en charme, en beauté, en poésie. Après, moi, j’avoue utiliser tel ou tel mot simplement parce que je les trouve plus mélodieux, ou simplement plus rigolo. Sans oublier que je suis la reine du néologisme absurde (tout un concept).
    Moi, j’aime quand on a autant le vocabulaire d’antan que celui d’aujourd’hui, et qu’on puisse aller de l’un à l’autre, simplement.

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    1. J’aime aussi inventer, c’est bien plus drôle ^^
      Le soucis c’est que quand on place des mots anciens ou un peu « littéraires » dans une conversation certains prennent ça pour de la vantardise ou du mépris. On m’a déjà reproché d’utiliser des mots trop « compliqués » alors que c’est quelque chose de naturel chez moi et, qu’à mes yeux, ils s’agit de mots comme les autres.

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        1. Moi j’ai plutôt tendance à me taire et, la fois d’après, à essayer de m’adapter à la personne que j’ai en face de moi histoire d’éviter les malentendus.

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    1. De toute façon je n’aime pas ne pas finir les choses, donc je vais aller jusqu’au bout, mais j’avoue que les passages traitant de politique ou d’affaires sont longs et peu engageants. Heureusement le récit s’envole lorsqu’il s’agit de sentiments 🙂

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